Après avoir été transportés par son premier roman La Surdose de l’Âme, un texte qui prenait des risques en plus d’être merveilleusement bien écrit, nous avions hâte de découvrir ce second roman de l’auteur québécois F. Leroy, intitulé Masques de porcelaine.

Alors qu’elle commence à s’émanciper et à en avoir marre de la rigidité de sa mère autoritaire, une adolescente enchaîne les sombres découvertes sur sa famille et sera très vite plongée dans un univers d’horreur.
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Si la trame et le ton sont très différents de ce que l’auteur nous a livré dans son premier bouquin, on y reconnaît ce désir et cette maîtrise de naviguer entre les genres. L’ouverture laisse entrevoir une sorte de drame familial. Les masques métaphoriques sont élégants, vernissés et brillants. Ils camouflent, toutefois, le mal à l’état pur, et leur surface menace de s’écailler.

Ophélie n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, la Bérénice Einberg de Réjean Ducharme, faisant la guerre à sa mère dans L’Avalée des avalés. À ce titre, l’adolescente se sent « avalée » par la laideur et la superficialité du monde fictif imposé par sa mère et tentera aussi de fuir le monde des adultes. L’écrivain avait apporté une dimension mythologique en motivant les prénoms de certains personnages de son premier roman, et il semble le faire à nouveau.

Ici, le prénom peut renvoyer à cette femme-enfant rencontrée dans le Hamlet de Shakespeare, si l’on pense à la tonalité tragique qui l’entoure. Élisabeth est, ici, une jeune femme tentant de fuir le noyau familial, mais dont les attaches finiront par la rejoindre. Difficile de ne pas penser à cette monarque de l’ère moderne ou encore à cette force de la nature qu’incarne la Elizabeth Bennet de Jane Austen. Quoi qu’il en soit, l’allégorie semble omniprésente dans tout le texte. C’est, évidemment, au lecteur d’y tisser sa propre interprétation.

Très rapidement, des épisodes surréalistes et extrêmes se glissent dans l’histoire avec la candeur d’un passe-partout. Le lecteur ne cesse de sourciller en se disant : « Mais qu’est-ce que je suis en train de lire? » Cette question ne pourrait pas être mieux accueillie puisque le style est fluide, l’écriture inspirée, et que l’extrême violence nous gave de plaisir, si on ne se laisse pas choquer par elle.

L’horreur devient mangaesque et la surabondance de sang est cathartique.

Cette dissection de la famille parfaite donne naissance à plusieurs réflexions non négligeables sur les mensonges et les faux-semblants. Le mal ne vient pas nécessairement de l’extérieur du cercle familial. La cruauté mentale et physique, la manipulation des enfants et l’éveil au monde adulte sont de la partie. Certains lecteurs pourraient voir d’un mauvais œil la sexualité assumée de l’héroïne, malgré son jeune âge. Cela va pourtant avec la verve critique et railleuse de l’ensemble, et s’accorde avec la naïveté du personnage qui recherche cette vérité et qui, malgré son intelligence et sa débrouillardise, est loin de la connaître. Le roman a aussi le mérite d’offrir une vilaine plus que colorée en la personne de Claire, la mère de famille.

Au final, ce second roman offre une touche de fraîcheur à ce qui se fait en général. Nous le recommandons fortement.