Depuis 1980, la franchise Friday the 13th se laisse aimer par les fans et détester par les critiques. On lui reproche la redondance de la trame, ce qui est pourtant la raison ultime de l’efficacité du jeu créé entre les spectateurs et l’écran, mais on aime bien aussi citer la kyrielle de défauts techniques. Après tout, il s’agissait de films avec de minuscules mises de fonds, tournés avec des techniciens en herbe, où l’abondance de sang et de nudité avait de l’importance.
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Ce qui demeure loufoque quand on observe la réception de ces films, c’est qu’on n’y a jamais trouvé le moindre aspect positif. La qualité des maquillages de Tom Savini, de la musique et de la révélation finale du premier film ne suffisent pas.
Il en est de même pour les plans à travers les arbres effectués à la Steadicam dans le second chapitre, de la 3D inoubliable et de l’ironie de la troisième partie (la jeune femme nous passe le joint à travers l’écran pour nous le tendre, alors qu’on sait déjà que la drogue est châtiée par le tueur), ou du fabuleux et laborieux plan-séquence ouvrant le quatrième volet.
On aurait beau citer des qualités à chacun des épisodes, on a décrété depuis longtemps, et à tort, qu’il fallait mettre cette saga aux oubliettes. Les théoriciens ne prendront jamais en compte l’importance qu’elle s’est tissée dans la culture populaire, ni la mythologie entourant les douze films racontant la tragédie de Jason.
Après plusieurs rumeurs de suites et une émission ramenant les survivantes des premiers opus, voilà enfin cette série se déroulant dans l’univers de Crystal Lake, axée sur Pamela Voorhees, la tueuse originale. Les fans « hardcore » avaient autant de quoi se réjouir que d’avoir des craintes. Passer du grand au petit écran peut être une transition délicate.
![[Critique] « Crystal lake »: Le tueur du vendredi et sa mère reviennent en forme 2 Screenshot 2026 10 16 at 3.48.42 PM](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/Screenshot-2026-10-16-at-3.48.42-PM-750x441.png)
À la suite de la noyade de son fils handicapé dans un camp de vacances, une jeune mère, qui doit aussi affronter son passé, développe lentement des pulsions meurtrières.
La respiration haletante d’une femme se laisse entendre. Puis, s’ouvre un plan montrant des mains ensanglantées, et l’on nous dévoile lentement une Pamela Voorhees plus sanguinolente que Carrie au bal de promo. Aussitôt le retour en arrière enclenché, nous avons droit au plan subjectif errant dans le couloir d’une maison, avec le « ki-ki-ki, ma-ma-ma » qu’Harry Manfredini nous a offert il y a près de 50 ans. Avec la tendresse la plus touchante, un jeune Jason entre en scène et discute avec sa mère.
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En quelques minutes seulement, les créateurs nous font comprendre qu’ils connaissent la franchise et son noyau central : l’amour d’une mère pour son fils, et vice-versa.
Pourtant, Crystal Lake n’est pas officiellement un Friday the 13th, et le fan doit assumer ce fait pour se laisser prendre au jeu. Brad Kane, qui a développé cette série, explique qu’il s’est préparé durant 40 ans à mettre les pieds dans cet univers. Certains acteurs mentionnent même qu’il était une encyclopédie de la saga, et cela ne fait aucun doute.
Des personnages connus nous sont présentés dans des versions plus jeunes d’eux-mêmes, on reprend certains plans iconiques dans ce petit village devenu mythique depuis 1980. Plusieurs fans y vont en pèlerinage pendant leurs vacances, et les créateurs le savent. Certains passages donnent l’impression de revoir le premier film en mode 2.0, ou de jouer à un jeu vidéo rétro qu’on vient de restaurer. Les fans hardis seront heureux d’y entendre la chanson Sail Away Tiny Sparrow, aussi composée par Harry Manfredini, mais aussi d’y déceler l’inscription « Packanack Lodge » qui apparaît sur un mur lorsque Pamela se rend dans une ville voisine pour assister à une conférence.
Les références pullulent et sont amusantes. À ce titre, la recréation des meurtres de Claudette et Barry, et de la balade en canot devient un passage inoubliable dans ce périple.
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Le tour de force du scénario est d’avoir su mélanger les hommages, les clins d’œil et la réinterprétation de certains détails à une trame solide et excessivement touchante. L’histoire de dévouement de cette mère pour son fils infirme a de quoi faire fondre les cœurs de pierre.
Malheureusement, l’ensemble est très réaliste. On n’a qu’à penser au véridique parcours du jeune Rocky Dennis relaté dans le classique Mask ou à celui de John Merrick qu’on a surnommé The Elephant Man pour endosser le fait que certains individus naissent avec de graves difformités physiques. La série superpose ce cheminement, forcément en marge, à celui d’un policier de couleur noire dans les années 1970. Pas étonnant que le flic développe une empathie pour cette mère qui refuse que son fils soit mis dans une case à part à cause de son physique.
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Le récit bascule alors dans une sorte de relecture du Rosemary’s Baby de Polanski, où l’on tentera d’expliquer certains aspects surréalistes entourant le cheminement de Jason.
Avait-on réellement besoin de tout expliquer?
Bien sûr que non, diront avec raison les puristes. Quelle est la vraie raison ayant poussé les oiseaux à attaquer Bodega Bay dans le classique d’Hitchcock, et pourquoi Hannibal Lecter aime-t-il la chair humaine? Ça n’a aucune espèce d’importance.
Pourtant, Friday the 13th est un pilier du genre slasher, et il faut se rappeler qu’en règle générale les assassins masqués de ces films sont tout ce qu’il y a de plus humains. On en a ressuscité quelques-uns pour remplir les guichets.
Néanmoins, la plupart des classiques emblématiques du genre comme Black Christmas, Prom Night, My Bloody Valentine, The Burning, The Prowler, Terror Train, The Funhouse et plusieurs autres se caractérisent par un psychopathe mortel camouflé dans un groupe de victimes.
En y allant au compte-gouttes et avec la candeur d’un passe-partout, on tente de nous expliquer la force de notre héros masqué d’un masque de hockey. À notre plus grand étonnement, tout s’emboîte assez bien, et ce segment plus sérieux bénéficie de plusieurs passages haletants. Certains puristes de la saga traînent déjà cette relecture dans la boue à cause de cet aspect. On avait pourtant adhéré aux nombreuses explications de cet excellent remake de 2009 qui nous expliquait comment Jason se réchauffait l’hiver et pourquoi il s’était toujours déplacé sans qu’on le voie.
![[Critique] « Crystal lake »: Le tueur du vendredi et sa mère reviennent en forme 6 Screenshot 2026 10 17 at 4.57.18 PM](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/Screenshot-2026-10-17-at-4.57.18-PM-659x450.png)
Ce n’est pas d’hier qu’on tente de disséquer les secrets de ce monstre, et cette approche est tout sauf ratée.
Malgré le fait que quatre réalisateurs se partagent ces huit épisodes, on ressent une forme d’uniformité dans l’ensemble. Ce n’est pas plus mal puisque chaque épisode est mis en scène avec soin et dextérité.
Reprenant le rôle immortalisé par la grande Betsy Palmer, Linda Cardellini est exceptionnelle. À la fois vulnérable et terrifiante, l’actrice brille de tous ses feux. Dans le rôle du jeune Jason, Callum Vinson sait susciter l’empathie du public et fait montre d’une grande maturité.
En conclusion, Crystal Lake réussit le pari de faire partie de la saga Friday the 13th sans être prise en otage par sa position dans l’histoire du cinéma d’horreur.


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