En ce frisquet et détrempé vendredi 16, l’envoyé spécial d’Horreur Québec se rend sur le lieu du crime, où a longtemps gîté le cadavre en putréfaction du Spectrum. C’est à cet endroit précis, au rez-de-chaussée d’un gratte-ciel récemment construit, que s’arrête pour la première fois au pays l’exposition Mind of a Serial Killer: the experience, ou en VF Dans la tête des tueurs en série : l’expo immersive, une production de Fever et Exhibition Hub.

En arrivant sur place, votre scribe se sent un peu comme Mills et Somerset dans Se7en (1995). Et ce n’est pas seulement parce qu’on est trempé jusqu’aux os : on s’apprête à arpenter une expo qui se penche sur une foule de meurtriers comme l’inoubliable John Doe.

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TIRÉ DE FAITS VÉCUS

Sauf que ceux-ci ne proviennent non pas d’une fiction comme un roman, un film ou une série, même s’ils en ont inspiré toute une panoplie. Contrairement à Jason, Art et Freddy, nos croquemitaines favoris, qui eux n’existent fort heureusement que dans nos écrans, ceux-ci sont issus de la vraie de vraie vie. On parle ici d’authentiques psychopathes, à la fois cruels, vils et dénués d’empathie, qui ont volé celles de bien réelles victimes et brisé celles de leurs familles et ami·es.

Vendredi, lors de cette visite de presse, nous sommes une vingtaine de journalistes, accueillis par l’ambassadrice de l’événement, l’animatrice-productrice Annie-Soleil Proteau (Famille de criminels), en guise d’intro. D’entrée de jeu à notre arrivée sur les lieux, on tient à nous souligner que l’objectif de l’expo est d’abord et avant tout éducatif, sans jamais banaliser les actes des meurtriers, ni glorifier ces derniers. OK, le message est passé.

En plus du vestiaire et de la boutique souvenirs (on y reviendra), on remarque que les murs du vestibule sont recouverts d’un papier peint reproduisant des coupures d’articles de journaux portant sur les tristement célèbres cas qui ont inspiré l’exposition itinérante. Comptant une vingtaine de salles, le parcours immersif dure entre 90 et 120 minutes, dépendamment de votre niveau de curiosité et si vous lisez toutes les affiches et dossiers qui sont mis à votre disposition.

De plus, des codes QR nous donnent accès aux différentes capsules de l’audioguide, qui reprend la plupart des textes (vraisemblablement traduits en Belgique, comme ici 74 ne se prononce pas septante-quatre…). Voulant miser sur son aspect informatif, la première salle est dédiée à l’histoire du profilage médico-légal, exposant différents outils jadis utilisés par les enquêteurs du FBI qui étaient affectés à ce genre de cas.

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DE CAUCHEMARDESQUES TABLEAUX…

Afin de rester dans le ton glauque du sujet, on doit passer par des rideaux de lattes de plastique (semblables à ceux des frigos de bouchers) pour naviguer de salle en salle. Qui dit expo immersive dit aussi interactive, comme on peut s’asseoir sur les divans ou les lits, toucher à presque tout et même se mettre dans la peau de certaines des victimes en se prenant en photo dans des décors donnant parfois froid dans le dos.

C’est que les reconstitutions de scènes de crime sont souvent saisissantes : chapeau à l’équipe derrière les décors, cadavres et autres ensanglantés accessoires, qui inclut notamment l’artiste et maquilleur Rémy Couture (Discopath, Game of Death, Witchboard, Art/Crime) et le décorateur Jordan ‘Yor Devil’ St-Louis (L’Hôtel 51, 5 Minutes de gore, Tie Man, Frissons TV…).

Évidemment, vous pourrez aller dans l’abominable cuisine du célèbre meurtrier profanateur de tombes, qui inspira tellement de nos œuvres préférées. On parle évidemment des classiques que sont Psycho, The Texas Chainsaw Massacre et The Silence of the Lambs, mais aussi le méconnu Deranged (1974) et la S3 de la série Netflix Monster (2025), entre autres. Il vous sera également possible d’inspecter et d’entendre ronronner quelques bagnoles, dont celle de la meurtrière qu’incarna Charlize Theron dans le film Monster (pour lequel elle remporta l’Oscar de la meilleure actrice en 2004).

En vrac, vous pourrez aussi regarder un reportage télé dans le salon style colonial du BTK killer (entouré de cadavres ligotés), lire l’infâme lettre qu’envoya un cannibale gériatrique new-yorkais aux parents de sa jeune victime (à côté de son ragoût), marcher le long du chemin de fer soviétique où le monstre de Rostov abandonna quelques-unes de ses nombreuses victimes, découvrir ce qui se cache dans la table de nuit d’un couple de dépravés anglais, et plus encore.

Il est aussi possible de visiter la semi-remorque poisseuse du Toy Box Killer (on se croirait chez Hostel), le bunker crade d’une paire de vidéastes survivalistes, le soubassement fétide de Pogo le clown (incluant costumes et peintures) et, évidemment, l’appartement dégoûtant du cannibale de Milwaukee (incluant un baril d’acide, comme dans Breaking Bad et la première saison de Monster).

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…ET UNE ENQUÊTE VIRTUELLE

En entendant à l’occasion de stridents hurlements, on appréhende la suite en se disant que ça doit être réellement choquant… pour réaliser que finalement, ce n’était que des participantes vraisemblablement peu familières avec les expériences de type réalité virtuelle. Car oui, ça peut être déstabilisant d’être privé de ses sens pendant un petit moment, hein.

Pendant ce petit quart d’heure passé sous un casque de VR, on assiste un inspecteur du FBI dans son enquête. Depuis son bureau, on le suit dans différents lieux (en images de synthèse relativement réalistes), alors qu’on peut ramasser et examiner plusieurs indices.

L’expérience est plutôt réussie, bien que ses personnages numériques semblent tirés de jeux vidéo datant de plus de vingt ans… pensez aux premiers Resident Evil ou encore au classique culte qu’est Manhunt (2003).

PERPLEXANT PARADOXE

Il faut savoir que l’expo fait tout de même une belle place aux victimes, en tentant de rendre hommage à leur mémoire, et non à leurs meurtriers, tout au long de notre parcours jusqu’à la toute dernière pièce. Toujours est-il qu’en tombant ensuite aussitôt dans une boutique souvenirs, on ne peut que trouver le clash de ton un peu malaisant, en particulier après un dernier moment appelant à la réflexion, l’introspection et le recueillement. En réalisant qu’au final, serial rime parfois avec commercial et meurtrier avec cupidité.

Malgré l’aspect instructif de la chose au niveau anthropologique, elle peut devenir problématique, cette fascination envers des êtres (in)humains ayant torturé et tué. On sait tous qu’en termes de popularité, le true crime ne s’est jamais mieux porté. Comme quoi Natural Born Killers (1994) semble avoir vu juste, en prédisant que les tueurs nés seraient un jour célébrés, voire adulés.

Certes, on est bien conscient qu’il faut bien que de si beaux décors se paient, et qu’il serait vain d’essayer d’empêcher l’humain de vouloir capitaliser sur un phénomène et sa croissante popularité. Reste que plusieurs en ressortiront assurément perplexes, ambivalents et profondément troublés, car même sans vouloir glorifier des meurtriers, les stars de l’expo demeurent bel et bien ces (nombreux) hommes et ces (quelques) femmes qui ont commis l’irréparable…

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POST-MORTEM

Si on doute que les plus passionnés de true crime apprendront quoi que ce soit de nouveau grâce à cette expo, se retrouver dans de tels décors risque d’ancrer ces sordides histoires (vraies) encore plus dans le réel. Car parfois, on doit le voir pour le croire. Car aucun livre, série ni podcast ne pourra jamais créer des images mentales aussi fortes, voire même indélébiles.

Au fur et à mesure qu’on évolue dans les différents couloirs et salles, on constate que parmi les participants de l’expérience, on n’échange pas beaucoup de sourires. Tout compte fait, on n’en a vu absolument aucun… que des mines mornes, défaites, dégoûtées, confuses, contrites ou carrément affligées chez les gens croisés.

On en vient à se demander mais qu’est-ce qui peut bien nous pousser à y aller, au juste? S’instruire et en savoir plus? Assouvir notre morbide curiosité? Se faire violence face à tant de brutalité? Se pousser à réfléchir sur cette troublante tendance et/ou à la fascination exponentielle qu’elle génère? Toutes ces réponses? C’est à vous d’y répondre…

Présentée à Montréal jusqu’à la fin janvier 2027, l’exposition a amorcé sa tournée mondiale au début de l’année en Irlande (Dublin), pour ensuite passer chez nos voisins du sud (New York, Seattle) puis en Belgique (Bruxelles). Elle doit ensuite se rendre au Brésil et en Allemagne avant de revenir aux États-Unis, berceau du meurtre en série. Plus de détails sur son site web.