Loin des effusions d’hémoglobine et de la violence viscérale du cinéma d’horreur traditionnel, Wicker (VFQ : Wicker : L’homme d’osier) s’impose comme une fable sociale nuancée. Pour leur deuxième long-métrage, les cinéastes Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson délaissent le gore pour embrasser la forme du conte fantastique. Quelque part dans la lignée d’Edward aux mains d’argent, le film dissèque les dynamiques de groupe à travers le prisme de l’amour, de la différence et du rejet.

WICKER Affiche FR

L’intrigue prend racine dans un village médiéval fictif, une communauté cynique où les conventions étouffent toute trace d’authenticité. Dans cette société, le mariage est une institution froide, dépourvue de tendresse.

Les hommes y sont avares de mots doux et scellent leur union en passant au cou de leur épouse un étrange collier, évoquant tristement celui d’un animal de compagnie. C’est en périphérie de ce monde étriqué que vit la poissonnière. Incarnée avec une vulnérabilité désarmante par Olivia Colman, elle cristallise le mépris du patelin.

Jugée repoussante, elle ne rentre dans aucune des cases imposées et subit au quotidien les moqueries et l’ostracisation de ses pairs.

Son seul désir est pourtant d’une simplicité universelle : elle veut aimer et être aimée.

La poissonnière a pêché le gros lot (et il est en bois)

Le véritable point de bascule de cette existence solitaire survient lorsque, fatiguée de ce rejet perpétuel, la poissonnière s’en remet au petit faiseur de paniers du village (Peter Dinklage). Elle lui formule une requête insensée : lui fabriquer un mari sur mesure.

BTS Alex MUA
Crédit : Behind the scene – Entract Films

Le film préserve judicieusement le mystère de cette création, donnant à ce modeste artisan des allures de magicien clandestin, sorte de docteur Frankenstein aux intentions bienveillantes. Le résultat, sous les traits d’Alexander Skarsgård, dépasse toutes les espérances. L’homme d’osier s’avère non seulement d’une beauté à faire pâlir de désir toutes les villageoises, mais il se montre surtout attentionné, dévoué et profondément bon, incarnant l’antithèse absolue des époux rustres du voisinage.

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L’homme parfait ne se trouve pas, il se tresse.

C’est à cet instant que le récit déploie sa véritable toile psychologique. La noirceur de Wicker: L’homme d’osier ne réside pas dans une méchanceté pure et soudaine, mais plutôt dans l’incapacité humaine à accepter le bonheur de ceux que l’on juge inférieurs. La stupéfaction initiale de la communauté cède rapidement la place à une frustration maladive. Menée par la figure influente de la femme du tailleur, jouée par une redoutable Elizabeth Debicki, la jalousie ronge le village.

Les moqueries d’hier se transforment en rumeurs pernicieuses qui s’infiltrent lentement, instillant le doute dans l’esprit de la poissonnière et poussant les habitants aux pires extrémités face à cet amour insaisissable qui les renvoie à leur propre médiocrité.

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Tiré d’une très courte nouvelle d’Ursula Wills, le scénario témoigne d’une belle créativité de la part des cinéastes. Si l’on peut d’abord se demander dans quelle direction s’engage le récit, on se retrouve rapidement happé par l’histoire, emporté par la magie d’un véritable conte de fées (pour adulte, il faut quand même le dire). Cette immersion narrative est d’ailleurs sublimée par la direction artistique et la lumière éclatante du directeur de la photographie Lol Crawley, qui met parfaitement en valeur la créature végétale conçue par les équipes de Wētā Workshop.

En définitive, on apprécie grandement la morale véhiculée par cette fable sur l’acceptation. Wicker se déploie comme une histoire tendre et profondément mélancolique. Derrière le vernis du fantastique, cette chronique d’un rejet ordinaire offre une magnifique morale sur l’acceptation, prouvant que dans les contes modernes, la cruauté naît souvent de l’étroitesse d’esprit de ceux qui refusent d’aimer.

WICKER : L'HOMME D'OSIER | Bande-annonce officielle
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Pour les fans...
'Edward aux mains d'argent de Tim Burton
The Shape of Water de Guillermo del Toro
3.8
Note Horreur Québec