De Fay Wray (King Kong) à Mia Goth (la trilogie X-Pearl-MaXXXine), en passant par Janet Leigh (Psycho), sa fille Jamie Lee Curtis (Halloween), Heather Langenkamp (A Nightmare on Elm Street), Neve Campbell (Scream) et Samara Weaving (Ready or Not, The Babysitter), toutes les générations ont connu et adoré leurs chères scream queens.
L’une d’elles, Adrienne Barbeau, était en ville plus tôt ce mois-ci, à l’occasion de la 55e édition (!) du Festival du Nouveau Cinéma. Les fans de John Carpenter connaissent bien la carrière de l’iconique actrice américaine, qui fut un temps son égérie et la femme de sa vie, en plus d’être la mère de leur fils Cody.
Lorsque la programmation de la section Temps Ø du FNC fut annoncée à la fin septembre, quelle ne fut pas notre joie de découvrir que l’actrice s’en (re)venait visiter Montréal, afin de présenter au festival non seulement son dernier long métrage (Oddities), mais aussi des projections en 35 mm de classiques de sa filmographie, soit Escape from New York et The Fog, tous deux réalisés par son cultissime ex. Le bonheur. En particulier pour votre scribe, je soussigné Kristof G., qui tomba sous le charme de la dame il y a plus de 40 Halloweens déjà.
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Il était une fois… un cri!
Pour moi, tout a commencé lorsqu’enfant, assis sur le divan en regardant la télé, je vois s’époumonner cette jolie brunette dans un film de monstres classé G diffusé sur Super Écran. C’est La Créature du marais, cette adaptation de la bédé Swamp Thing réalisée par Wes Craven, sortie à peine deux ans avant que ce maître de l’horreur ne frappe tout un coup de circuit en relâchant son Freddy. Et oui, je parle bien de ce film où on voit madame se baigner dénudée dans un étang, comme si ça passait à Bleu Nuit (hihi).
Elle est aussi du générique d’un emblématique film à sketches sorti à la même époque, qu’on avait traduit ici par Histoires à mourir debout, dont la pochette style clamshell faisait de l’œil à quiconque visitait la section horreur de son club vidéo de quartier. Ce bon vieux Creepshow de George A. Romero, avec Stephen King qui joue l’acteur en plus d’en signer le scénario. Miss Barbeau retrouva ensuite Romero sur le plateau de Two Evil Eyes (1990), adapté des mots d’Edgar Allan Poe, que le réalisateur cosigne avec Dario Argento (qui avait produit son Dawn of the Dead).
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Et puis, elle ne s’est jamais arrêtée de tourner depuis, tant au cinéma qu’à la télé. D’ailleurs, l’un de ses plus grands rôles est sans contredit celui de Ruthie dans la fantastique série HBO Carnivàle (2003-2005), traduite par Circo au Québec et La Caravane de l’étrange en France. En pleine Grande Dépression dans les années 1930, on y suit une troupe itinérante de forains dans un périple au cœur d’une bien étrange Amérique.
Elle donne la réplique à une distribution de feu, incluant Amy Madigan (l’inoubliable Aunt Gladys de Weapons), Clancy Brown (Highlander, Starship Troopers, Dexter), Michael J. Anderson (Twin Peaks) et Clea DuVall (The Faculty, Ghosts of Mars, Zodiac). Si jamais vous étiez passés à côté jadis, gâtez-vous au plus vite, et ce, même si la série a dû s’arrêter après seulement deux saisons.
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Passer deux jours pré-Halloween avec une authentique scream queen
Bref, avec de la si belle visite au FNC, vous comprenez que je devais tenter de la rencontrer, afin de discuter avec elle des œuvres et rencontres marquantes de sa surprenante carrière (et lui faire dédicacer quelques objets de ma collection personnelle, bien évidemment). Et j’avoue que j’étais un peu jaloux de mon collègue JF, qui avait eu l’honneur de l’interviewer en 2017, lors de son dernier passage en ville, à l’occasion du ComicCon.
Après avoir signifié mon intérêt à notre rédactrice en chef, la machine se met en branle (courriels à envoyer, formulaire d’accréditation à remplir, programmation à disséquer…), avant de recevoir une réponse positive et qu’on me confirme lieu, date et heure de mon entrevue. En parallèle, je me rafraîchis la mémoire en visionnant à nouveau quelques-unes de ses œuvres (dont Creepshow, que je fais découvrir à ma fille de 12 ans, et le téléfilm Someone’s Watching Me!, qui a plutôt bien vieilli!).
J’en profite aussi pour faire un peu de rattrapage (le court métrage qui inspira Oddities, et son épisode d’American Horror Stories) et me documenter sur les zones du parcours de l’actrice qui m’étaient moins familières. Comme sa carrière secondaire des plus singulières… qu’elle doit à ses cordes vocales (on y reviendra).
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Au Cinéma Quartier Latin pour une nouveauté…
Quelques heures après notre entretien (patience, elle sera relatée dans un second article), je me rends à la salle où serait projeté le long métrage Oddities de Tyler Savage, présenté en première canadienne. Le réalisateur américain était aussi derrière le court métrage du même nom sorti en 2023, qui mettait aussi en vedette Miss* Barbeau, dans le rôle d’une antiquaire qui semble tout sauf patibulaire. Un court plein de promesse que j’ai personnellement adoré, car il réussit à nous embarquer illico pour une petite virée des plus dynamiques (15 minutes top chrono, qui est dispo pour visionner ici).
Utilisant avec doigté des outils plutôt variés (effets CGI, ralentis, textes surimposés, montage, musique, son…), la réalisation maîtrisée est au service d’un scénario à la fois simple et fort efficace, avec des dialogues qui font mouche car bien livrés (l’actrice y est d’ailleurs particulièrement inspirée). Définitivement de son temps, le court a aussi un pied fermement planté dans la nostalgie (ça se déroule chez un antiquaire), alors que l’autre se trouve dans l’intemporel.
Le personnage de l’antiquaire est d’ailleurs le seul point commun entre le court et le long, alors que la prémisse suit différents personnages des plus colorés, dont celui de son mari, incarné par un acteur dont vous reconnaîtrez assurément le visage, mais probablement pas le nom (Xander Berkeley, vu dans Candyman, Terminator 2, The Guardian, Heat…).
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Si on se gardera de trop en dire sur le scénario, sachez que le récit démarre avec des convos à la Tarantino dans un party pas net car intoxiqué, rappelant autant ceux de Talk to Me et Green Room que de Breaking Bad. Puis, tout part en couille lorsqu’on bascule dans un thriller criminel bien énervé, avant de tomber dans un vortex surnaturel qui aurait fait tripper notre cher HP — pas la sauce, l’auteur, t’sais. T’es fan de The Silence of the Lambs et Barbarian (sa deuxième moitié en particulier)? Tu devrais aimer les tunnels poisseux et bien crades que ce film a à proposer.
Si tous nos commentaires et compliments sur la réalisation du court s’appliquent aussi au long (en gros, c’est bien bon et très beau), on doit souligner la jolie utilisation du monochrome (lors des retours en arrière), de même que la partition haletante signée Cody Carpenter (!). Ne pouvant être des nôtres, le réalisateur avait tout de même tenu à enregistrer une petite vidéo pour nous souhaiter un bon visionnement. De toute façon, ce soir-là, on est entre bonnes mains avec Miss Barbeau qui, en plus d’une brève intro, offre aux festivaliers une bien belle session de questions-réponses suite à la projection, en compagnie de Julien Fonfrède, grand manitou de la section Temps Ø.
Dans un chandail affichant en grosses lettres ROCK & ROLL, pendant près d’une heure, l’actrice d’un certain âge revient longuement sur sa carrière. Qu’on parle de ses débuts (divertissant les troupes américaines basées au Japon), de séries télé (Maude) et de son passage à Broadway (Grease), jusqu’aux tournages des films de genre susmentionnés auxquels elle a participé, dont évidemment Oddities. Aussi charmante et généreuse qu’allumée, Miss Barbeau ne fait absolument pas son âge, on lui donnerait 20 ans de moins que les 81 ans que lui donne sa page Wikipedia.
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…puis à la Cinémathèque Québécoise pour une rare projection en 35 mm!
Une bien belle soirée, qui nous donne encore plus hâte au lendemain. Ça se passe à la CQ, où elle s’était rendue deux jours auparavant, à peine débarquée de l’avion, afin de présenter The Fog. Or, en ce vendredi soir, c’est au tour d’Escape From New York de briller de tous ses feux sur l’écran de la salle sombre. Avec toutes les fabuleuses imperfections de la copie 35 mm présentée.
Quel bonheur d’enfin voir sur grand écran ce classique culte sorti en 1981. De revoir Kurt Russell jouer l’ultime dur à cuire, avec sa sale gueule pas rasée de pirate postapocalyptique, tentant de survivre dans un Manhattan encore plus malfamé que dans The Warriors (normal, comme EFNY se déroule dans le futur… en 1997).
Et que dire de la distribution, qui en fait des tonnes entre deux scènes d’action, rythmées par les mélodies entêtantes de Carpenter, épaulé ici par Alan Howarth et ses futuristes synthétiseurs, le tout capté du POV du novateur et émérite chef opérateur Dean Cundey. Oui oui, le même gars qui shoota avec Carpenter 7 films (en 8 ans!), de même que deux pour Steven Spielberg (Hook et Jurassic Park!!) et 5 avec Robert Zemeckis (incluant les 3 Back to the Future!!!). Bref, pas surprenant qu’EFNY looke encore en sale pas moins de 45 ans après sa sortie en salle, hein.
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Encore une fois, Miss Barbeau nous fait l’honneur de répondre aux questions des gens du public, qui profitent de leur moment au micro pour la remercier de sa présence et la féliciter pour sa performance, avant de l’interroger sur le tournage du film. Si quelques scènes ont été tournées en studio à LA, la production se déroula principalement on location à St. Louis au Missouri, une ville qui, selon l’actrice, « ressemblait vraiment à ça », faisant référence à la décrépitude qu’on peut voir dans le film.
« La réceptionniste de l’hôtel nous a avertis que ce n’était pas sécuritaire de se promener dans le voisinage! »
Elle se remémore la scène du diner défraîchi, où Snake rencontre brièvement une blonde punkette, interprétée par Season Hubley. « Je me souviens que Kurt et Season étaient mariés à l’époque : ils s’étaient rencontrés sur Elvis [1979], la minisérie qu’a réalisée John [Carpenter], où elle jouait Priscilla Presley. » Mariée à Russell de 1979 à 1983 (ils eurent un fils, Boston), l’actrice s’est ensuite principalement illustrée à la télé (The Twilight Zone, Alfred Hitchcock Presents, le téléfilm Humanoids from the Deep), en plus de jouer dans plusieurs longs métrages dont Vice Squad (de Gary Dead & Buried Sherman) et Hardcore (de Paul Cat People Schrader), mais aussi les suites DTV The Stepfather 3 et Children of the Corn V.
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Hommages aux hommes du film
Au cours du Q&A, elle n’a que de bons mots sur les acteurs d’EFNY qui nous ont depuis quittés. Comme Lee Van Cleef (1925-1989), qui jouait Hauk. Miss Barbeau se souvient qu’il « combattait un cancer au moment du tournage sans que personne ne soit au courant ». Il a joué chez Roger Corman, Jack Arnold, Robert Wise et John Ford, avant de partir dans les années 1960 faire carrière en Italie (oui oui, il est l’un de ceux qui inspireront le Rick Dalton de Once Upon a Time in Hollywood!). Il restera à jamais l’un des sales cowboys de Sergio Leone, soit la fameuse brute de Le Bon, la brute et le truand et le Colonel Mortimer d’Et pour quelques dollars de plus.
L’interprète du président, Donald Pleasance (1919-1995) « était l’homme le plus marrant avec qui je n’ai jamais travaillé! ». Pour les fans de Michael Myers (qui essaya de tuer dans pas moins de 5 films), il restera éternellement Dr. Loomis, même si son CV est tout garni. Il joua entre autres dans Witchfinder General (avec Vincent Price), Wake in Fright (de Ted First Blood Kotcheff), The Uncanny (aux côtés de Peter Cushing et Samatha The Brood Eggers), THX 1138 (de George fuckin’ Lucas), Death Line / Raw Meat (de Gary Sherman) et Phenomena (de Dario Argento), avant de retrouver Carpenter pour Prince of Darkness. Saviez-vous que c’est la performance de Pleasance dans You Only Live Twice (il joue le méchant que doit affronter James Bond) qui inspira Mike Myers (pas Michael…) à créer le personnage du Dr. Evil d’Austin Powers?
Quant à l’interprète du Duke, Isaac Hayes (1942-2008), c’était un « gentleman, vraiment doux… mmm, ce n’est pas le bon mot… vraiment gentil, et plutôt introverti, je dirais », de se remémorer Miss Barbeau. J’avoue que ça m’a un peu surpris, car le bonhomme a quand même incarné l’inimitable et pas du tout subtil Chef de la série South Park! En plus d’avoir bossé avec les plus grands du jazz et du blues, le suave acteur-chanteur fut une véritable icône du blaxploitation : d’ailleurs, la chanson thème de Shaft lui a fait remporter les plus grands honneurs (un Oscar, un Golden Globe et un Grammy, entre autres!).
Miss Barbeau se souvient qu’Ernest Borgnine (1917-2012), qui jouait ce cabotin de Cabbie, « travaillait sur une pièce de théâtre à l’époque; lorsqu’on ne tournait pas, il n’était pas rare de voir seul dans un coin en train de mémoriser son texte ». Bor-qui, vous demandez? Sérieux, vous l’avez vu dans tellement de films de genre, incluant Willard (avec pleins de rats), The Wild Bunch (de Sam Peckinpaw), The Black Hole (avec des robots), Deadly Blessing (de Wes Craven), Laser Mission (avec Brandon The Crow Lee), Small Soldiers (de Joe Gremlins Dante) et même BASEketball (avec Trey et Matt, les gars de South Park).
![[FNC 2026] Adrienne Barbeau à Temps Ø : journal gonzo d’un scribe un peu barjot 9 AdrienneBarbeau 10](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/AdrienneBarbeau_10-750x421.png)
Et il était comment Harry Dean Stanton (1926-2017), qui jouait le personnage de Brain? « Il adorait dévier du texte et improviser… ce que John n’aimait pas trop, même s’il a fini par le laisser s’amuser une fois ou deux. » Mais ça ne devait pas être si pire que ça, car Carpenter l’a quand même rappelé pour Christine! L’acteur a ensuite joué chez David Lynch (Wild at Heart, Twin Peaks : Fire Walk With Me), mais il restera toujours le Brett d’Alien.
Après nous avoir raconté comment avait été tournée sa scène de mort à la suite d’une projection pour les producteurs d’Avco Embassy (voir l’entrevue avec JF pour plus de détails), elle nous confie qu’après son dernier visionnement du film (lors d’un festival il y a 5 ou 6 ans), elle avait « envoyé un courriel à John le soir même, afin de m’excuser de n’avoir pas réalisé à l’époque à quel point il avait travaillé fort pendant le tournage! »
Après le Q&A, alors que Miss Barbeau s’affaire à prendre des photos et/ou signer des autographes pour une poignée de fans souriants, je passe la voir avant de quitter la salle, histoire de chaleureusement la remercier pour ces deux géniales journées passées en sa charmante compagnie. Elle me répond avec un sourire qui n’a pas de prix, et je repars heureux comme un gamin qui vient de se taper la Créature du marais un dimanche matin.
À VENIR : notre conversation avec Miss Barbeau!
*Votre scribe tient à préciser une chose sur l’utilisation du mot Miss (qui qualifie normalement une fille de moins de 18 ans ou une femme qui n’est pas mariée) : lors de notre entretien, lorsqu’on se corrigea après l’avoir appelée Miss Barbeau, elle nous a personnellement dit préférer Miss à Mrs. Voilà, c’est dit.

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