![[Critique] « Lucid » : au-delà du bonbon visuel 1 LUCID poster no laurels](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/LUCID-poster-no-laurels-338x450.jpg)
À l’heure où il suffit d’un glissement de doigt sur un écran pour saturer une vidéo d’effets VHS, Lucid s’empare de l’esthétique nostalgique des années 1990 sans jamais s’y enfermer.
Coréalisé par Deanna Milligan et Ramsey Fendall, ce thriller psychologique transforme un simple gadget visuel, incarné par cet intrigant bonbon en forme de cœur sur l’affiche, en une véritable plongée dans la folie, et s’y engouffre sans la moindre retenue.
L’intrigue nous ramène en 1994. Mia Sunshine Jones (Caitlin Acken Taylor), étudiante en art au bord du renvoi, est paralysée par le syndrome de la page blanche. Face à un professeur (John Luna) aussi indifférent que désarmé par sa démarche, la jeune femme, acculée, ingère un étrange bonbon censé stimuler les rêves lucides. Le remède agit rapidement comme un détonateur : les doutes et les voix critiques qui parasitent son esprit se matérialisent en monstres bien réels qu’elle va devoir affronter frontalement.
C’est dans ce cauchemar éveillé que les cinéastes déploient toute leur ambition. La direction artistique puise à bras-le-corps dans la culture grunge et punk de l’époque : décors urbains poisseux, néons putrides et atmosphère de concerts underground. Le rendu rappelle viscéralement les clips de Nine Inch Nails ou de Hole, avec cette texture d’image écorchée donnant l’illusion d’un artéfact déniché en brocante. Entre le surréalisme coloré d’un Hausu et la folie corporelle d’un Santa Sangre, Lucid bascule dans un grotesque hypnotique. Des couloirs infinis aux créatures de chair rapiécée ricanant avec les voix de ses proches, le film impose une « crasse esthétisée » aussi splendide que malaisante.
![[Critique] « Lucid » : au-delà du bonbon visuel 2 Lucid Still 06](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Lucid_Still-06-750x405.jpg)
![[Critique] « Lucid » : au-delà du bonbon visuel 3 Lucid Still 14](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Lucid_Still-14-750x405.jpg)
![[Critique] « Lucid » : au-delà du bonbon visuel 4 Lucid Still 17](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Lucid_Still-17-750x405.jpg)
![[Critique] « Lucid » : au-delà du bonbon visuel 5 Lucid Still 24](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Lucid_Still-24-750x405.jpg)
![[Critique] « Lucid » : au-delà du bonbon visuel 6 Lucid Still 19](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Lucid_Still-19-750x405.jpg)
Pourtant, sous le trip psychédélique se cache un propos beaucoup plus intime sur la transmission. Guidée par une grand-mère qui l’incite à embrasser sa part d’ombre, Mia rouvre des blessures familiales que sa propre mère pensait scellées. Le film rappelle avec justesse que l’on hérite autant des traumatismes que des conseils de ses aïeux. Dans ce rôle d’écorchée vive, face à des rivales mondaines à l’assurance inébranlable (comme l’exubérante Elaine Trash), Caitlin Acken Taylor livre une performance saisissante. L’actrice navigue brillamment entre fragilité, fureur et dérive psychotique, ancrant le poids émotionnel d’un récit où l’art devient l’unique exutoire.
Loin du simple exercice de style nostalgique, Lucid s’impose comme une réflexion viscérale sur le prix de la création et la nécessité de fouiller ses propres plaies pour créer.
Une œuvre qui vous colle à la peau bien après le générique,
à l’image d’une gueule de bois tenace au lendemain d’une fête clandestine dans un squat.
Pour vivre cette expérience cathartique sur grand écran, Lucid sera présenté à Montréal ce vendredi 10 juillet au Cinéma Public, ainsi que le samedi 11 juillet au Cinéma du Parc à Montréal.
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