S’il existait une légende selon laquelle il fallait un anneau pour les gouverner tous, une autre pourrait bien affirmer que la biotechnologie suffit à les gouverner, mais aussi à les faire évoluer tous.

Rompu au maniement des récits de zombies venus d’horizons divers, Yeon Sang-ho poursuit son chemin introspectif dans l’univers des morts-vivants avec Colony. Présenté en séance de minuit au dernier Festival de Cannes et le 29 juillet dernier durant le festival Fantasia, le long métrage fera sans doute réfléchir certains spectateurs à l’importance des cours de biologie, dont moi le premier.

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La professeure Se-jeong (Gianna Jun) assiste à une conférence sur la biotechnologie, espérant y amorcer une nouvelle carrière. Ce qui devait être une simple journée de réseautage se transforme rapidement en bain de sang, alors qu’une horde de maniaques cannibales sème la terreur après avoir été infectée par un virus dangereux et soumise à d’horribles transformations. Les survivants, eux, tentent tant bien que mal d’échapper à la menace tout en comprenant comment y mettre fin.

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Le pire de l’être humain, comme son meilleur, se révèle dans les crises ou face aux catastrophes incontrôlables. Colony souligne avec un cynisme brillant cette fable qui ne cesse de se cristalliser dans des sociétés toujours plus rongées par des technologies et des expériences scientifiques qui feraient passer Victor Frankenstein pour un petit joueur.

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Le film propose quelque chose de redoutablement intelligent. Il passe au crible des problématiques contemporaines, les limites de l’individu, la remise en question du collectivisme, les injustices sociales, ainsi que l’opposition entre raison et passion. Le tout baigne dans un concerto dégoulinant de bave et de sang, mais reste étonnamment limpide et très fun à regarder.

Yeon Sang-ho renforce sa maîtrise de l’action et du fil rouge scénaristique. Il n’élève pas seulement son film au rang de zombilogue confirmé, il maintient aussi le spectateur en alerte, tant les informations se dévoilent les unes après les autres, comme des poupées gigognes.

Décolonyser l’esprit

“This is why you should think twice before helping others.”

C’est l’un des plus grands tours de force de Colony : allier le plaisir de voir un réalisateur déployer sa créativité dans un espace clos à un regard acerbe sur des problématiques qui paraissent rarement évidentes dans un tel contexte.

Doit-on sauver sa peau au risque d’écraser les autres? Jusqu’où faut-il aider son prochain? La solidarité existe-t-elle vraiment? Faut-il toujours faire passer le collectif avant l’individu? Autant de questions que la salle d’essai de ce foutu centre commercial ne peut contenir.

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La dynamique de groupe fonctionne, et l’identification comme l’empathie s’enclenchent plus vite qu’un infecté lancé à pleine vitesse. Yeon Sang-ho semble avoir compris depuis un bon moment que les références à tout-va et les personnages unidimensionnels ne servent strictement à rien. Ici, les zombies ne sont plus la cause des malheurs, mais la conséquence de nos propres actes. Nous, les humains, qui nous croyons capables de tout affronter, finissons parfois par défier les lois de la nature avant d’en subir cruellement les conséquences. Aider les autres, c’est bien, mais encore faut-il savoir comment.

Abdiquer face à la colony

“The imperfect communication of human beings, all the tragedies that result from not fully understanding what others feel.”

C’est là que se loge le cœur du film. Comment trouver sa place dans le collectif? Quelle est la valeur du groupe face à l’individu? Peut-on encore raisonner le monde lorsqu’on est seul face à une horde?

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Le film repose aussi sur cette idée de cause et de conséquence : notre incapacité paradoxale à échanger sainement et raisonnablement, alors même que les moyens de communication n’ont jamais été aussi accessibles. Dit comme ça, cela peut paraître simple, voire banal. Mais isoler cette faille dans une situation critique, vitale, en fait un enjeu majeur dont on ne mesure pas toujours la portée. Le film articule sa rhétorique autour de cela, tout comme sa direction artistique et sa mise en scène, fondées sur des points de vue qui semblent condamnés à ne jamais se rejoindre.

“Compared to the great achievement of mankind, the knowledge possessed by any individual is incredibly limited. That limitation creates a state of terrible incomprehension.”

Au bout de la contamination

Au fond, Colony n’est pas seulement un film de zombies de plus. C’est une réflexion fiévreuse sur l’évolution, la peur, la responsabilité et notre incapacité chronique à faire corps sans nous déchirer. Derrière le chaos, Yeon Sang-ho rappelle que la vraie contamination n’est peut-être pas celle du virus,mais celle de nos propres limites quand il faut agir ensemble. Et si ce film donne envie de réviser la biologie, il donne surtout envie de se demander jusqu’où l’humanité peut encore évoluer avant de se perdre elle-même.

COLONY - International Trailer | Directed by Yeon Sang-ho | In Theaters August 28
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Pour les fans...
Dans la jungle sociale, l'être humain est le pire prédateur
4
Note Horreur Québec