Salle comble, émotion palpable et prix honorifique : la 30e édition du Festival Fantasia s’est ouverte en force avec la présence de Nicolas Winding Refn, le 16 juillet dernier à Montréal. À l’issue de la projection de son tout nouveau long métrage, Her Private Hell (en salle le 24 juillet), le cinéaste danois a fait tomber le masque pour notre plus grand plaisir, se livrant à des confidences aussi vertigineuses que son cinéma.

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Avec une tendresse inattendue, il a partagé un souvenir bouleversant : sa propre mort clinique, longue de 25 minutes. Lors de ce passage dans l’au-delà, le cinéaste raconte avoir imploré le ciel pour obtenir un sursis de deux petites minutes.

Son vœu exaucé, il s’est fait une promesse radicale : celle de ne plus jamais faire perdre son temps au public. Désormais, il ne livrera que de pures « expériences ».

C’est noté ✅.

Alors, qu’en est-il de ce dernier opus?
Qu’en avons-nous pensé?

Un festin visuel sous perfusion Giallo

Sur le plan strictement formel, Her Private Hell honore haut la main cette promesse d’expérience radicale. Entièrement recréé en studio à Copenhague, le film s’impose comme un véritable délice esthétique, un bijou visuel qui puise allègrement dans de multiples inspirations : de la science-fiction des années 60 jusqu’à la rigueur visuelle du cinéma japonais des années 50. Les décors rétro-futuristes parviennent à créer un croisement improbable entre les délires pop de Barbarella et la noirceur poisseuse de Blade Runner, le tout baignant dans l’atmosphère fétichiste d’un Giallo des temps modernes.

Bref, un ensemble magnifié par la direction photo époustouflante de Magnus Nordenhof Jønck, qui transforme chaque plan en tableau.

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Au milieu de cette perfection géométrique, il est impossible de ne pas saluer l’efficacité redoutable des choix de distribution. Le casting est d’une justesse implacable après une année entière de recherche. Les interprètes portent le film avec une intensité et un charisme de fou. Ils imposent une présence physique et magnétique à l’écran, parvenant par la seule force de leur jeu à insuffler de l’âme et de la chair à ce vernis visuel éblouissant.

Mais la véritable clé de voûte de cette atmosphère enivrante, c’est la trame sonore. Confiée au légendaire Pino Donaggio (collaborateur fétiche de Brian De Palma et de Dario Argento), la musique envahit l’espace et agit comme le cœur battant de l’œuvre. Ses envolées mélancoliques, tour à tour grandioses et tragiques, maintiennent le navire à flot.

Mais de quoi ça parle, exactement?

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C’est là que le chemin se corse et que les esprits s’égarent…. expliquons, expliquons!

L’homme de cuir et le labyrinthe narratif : le refus de la facilité

Dans une métropole étouffée par une brume toxique, nous suivons Elle (Sophie Thatcher), une jeune femme dépressive et vide, prisonnière de sa cage dorée. Elle entretient des rapports complexes avec son père, le puissant cinéaste Johnny Thunders (Dougray Scott), et supporte mal les tentatives de réconciliation de sa belle-mère et ancienne amante, Dominique (Havana Rose Liu). Dans ce marasme bourgeois débarquent Hunter (Kristine Froseth), une jeune actrice naïve prête à souffrir pour l'art, et Private K. (Charles Melton), un GI américain taciturne tout droit sorti d'une autre époque, lancé dans une violente odyssée à coups de poing américain pour retrouver sa fille disparue.

La narration de Her Private Hell n’est pas qu’un joyeux bordel ; c’est un labyrinthe volontairement hostile. Nicolas Winding Refn délaisse toute approche classique pour nous plonger dans une orgie sensorielle où s’entremêlent la violence, le sexe, la douleur et une quête de soi presque abstraite. Ici, le récit n’avance pas au rythme des enjeux dramatiques, mais procède par fulgurances esthétiques. Refn pousse l’expérimentation jusqu’à rendre ses dialogues cryptiques, les personnages allant même jusqu’à communiquer en langage « loup ».

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Plus qu’une simple bizarrerie, c’est une manière d’affirmer que dans cet univers dystopique étouffé par le capitalisme et l’ego, la communication humaine traditionnelle a complètement implosé.

Au milieu de tout cela, un mystérieux tueur ganté de cuir et serti de diamants s’amuse à démembrer ses victimes dans la pénombre.
Est-ce le Diable en personne ou juste son père? C’est une possibilité… et oui, son père aussi porte du cuir après tout!

Le syndrome de la compilation : quand le style devient une cage

C’est pourtant là que le bât blesse au niveau du scénario. Lors de son discours, NWR nous a prévenus qu’il délaissait le passé pour se plonger à présent dans le futur. Une belle promesse, mais après tout, c’est notre passé qui nous forge. Et cela se sent : Her Private Hell donne trop souvent la désagréable impression d’assister à une compilation de ses plus grands succès. Le problème n’est pas tant le recyclage que le manque de renouvellement de ses propres archétypes. Le casting féminin immaculé semble tout droit sorti des podiums mortifères de The Neon Demon, tandis que le mutisme héroïque de Charles Melton se calque de façon presque scolaire sur le Ryan Gosling de Drive ou d’Only God Forgives.

Le cinéaste semble piégé dans sa propre mythologie. En voulant raviver une flamme qui s’essouffle, NWR s’appuie sur un vernis visuel éblouissant qui frôle parfois, malheureusement, le sentiment de la coquille vide narrative.

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L’abandon du spectateur : un voyage sans filet

Finalement, Refn nous abandonne sur le bord du chemin sans notre peluche pour nous rassurer. Il refuse catégoriquement de nous livrer les clés de son œuvre, nous laissant seuls, livrés à nous-mêmes, face à notre propre capacité à déchiffrer ce cauchemar de néons. C’est un trip radical, profondément personnel et volontairement hermétique.

Pourtant, c’est précisément ce qui fait que Her Private Hell exige d’être vécu en salle : c’est une œuvre qui refuse de nous prendre par la main et qui réclame une participation active.

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Et pour ceux qui n’en sont pas à leur premier barbecue cinéphilique, ceux qui aiment précisément être bousculés par ces films cryptiques à l’image de Mulholland Drive, de L’Étrange Couleur des larmes de ton corps ou, plus récemment, de Lucid, ce saut dans le vide est taillé pour vous. Il vous ouvrira sans doute des portes sensorielles inédites.

Pour tous les autres? J’ai simplement envie de vous dire : bonne chance.

Her Private Hell est à découvrir en salle à partir du 24 juillet prochain. Entre-temps, ne manquez pas notre entrevue avec Nicolas Winding Refn qui sortira sous peu.
Gardez l’œil ouvert!

Her Private Hell - Official Trailer - In Theaters July 24
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Pour les fans...
L'ère néon de NWR
L'esthétique Giallo et de l'horreur stylisée
Les ambiances sonores grandioses
3
Note Horreur Québec