Après le déconcertant I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun revient avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Toujours aussi déconcertant, toujours aussi intrigant, et toujours aussi cérébral dans sa manière d’aborder les thématiques chères à sa réalisatrice, le film se distingue aussi par un récit plus direct et plus lisible que son prédécesseur.
![[Fantasia 2026] « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » : Le slasher méta qui tronçonne Hollywood 1 Miasma poster 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Miasma_poster-1-304x450.jpg)
Il s’agit ici du premier long métrage tourné après sa transition, ce qui éclaire fortement son rapport au corps, au désir et à l’identité. Mettant en scène Hannah Einbinder et Gillian Anderson.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma relate les péripéties d’une jeune réalisatrice enthousiaste qui reprend les rênes de la franchise de slasher Camp Miasma, avec pour mission de la ressusciter après plusieurs suites bâclées et malgré une fanbase en déclin. Mais alors qu’elle rend visite à la star du premier film, une actrice mystérieuse et recluse, les deux femmes s’entraînent dans un univers sanglant entremêlant désir, peur et hallucinations.
Camp de jour pour adulte
Alors, soit je suis trop hétéro pour comprendre les subtilités du film, soit je suis simplement con, soit un peu des deux. Néanmoins, ce qui est indéniable, c’est que le film ne manque en aucun cas de personnalité.
Se penchant sur des sujets hautement inflammables, TSADACM s’attaque à la baïonnette à l’homophobie, à la transphobie, au sexisme, au désir, à la dysphorie et au rapport au corps, dans un grand écart à rendre Jean-Claude Van Damme jaloux.
Comme I Saw the TV Glow, le film est porté par une direction artistique et une photographie de haute qualité, au service d’un projet que Schoenbrun décrit comme son œuvre la plus personnelle. Elle le résume comme une manière de travailler le trauma d’avant transition et de raconter l’« entrée en soi-même ».
![[Fantasia 2026] « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » : Le slasher méta qui tronçonne Hollywood 2 CampMiasma Still 1 MUBI](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/CampMiasma_Still_1_MUBI-750x422.jpg)
C’est sans doute ce qui distingue le plus Teenage Sex and Death at Camp Miasma de I Saw the TV Glow : un côté plus accessible, plus frontal, et plus clairement structuré. Les bases sont plus épurées et plus compréhensibles, le tempo mieux maîtrisé, et cela donne de la tenue à ce film que sa créatrice présente comme un new kind of horror remake.
Un remake qui ne recycle pas seulement le genre, mais qui le questionne de l’intérieur, tout en s’amusant avec lui. Une approche qui mêle construction, métaphysique et critique du cinéma de genre, au point de donner l’impression qu’un.e prof universitaire pourrait y trouver son bonheur en termes de séminaire du mardi matin.
Le film repose aussi sur une dynamique de mentorat particulièrement intéressante entre Kris et Billy. Kris, d’abord figure d’entrée pour le spectateur, se retrouve progressivement ouverte par Billy, plus énigmatique, plus installée dans son propre mystère, mais aussi plus expérimentée dans sa manière d’habiter son corps et son désir.
La relation entre les deux femmes donne au film une vraie épaisseur émotionnelle : derrière le gag, le malaise et la mise en scène du genre, il y a une histoire de transmission, de vulnérabilité et d’apprentissage. C’est là que le film devient le plus juste, parce qu’il ne se contente pas de parler de désir, il le met en scène comme un déplacement, une initiation, presque une rééducation du regard.
![[Fantasia 2026] « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » : Le slasher méta qui tronçonne Hollywood 3 Teenage Sex and Death at Camp Miasma Jane Schoenbrun Gillian Anderson](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/Teenage_Sex_and_Death_at_Camp_Miasma-Jane-Schoenbrun-Gillian-Anderson-675x450.webp)
À ce titre, le film attaque aussi Hollywood en plein ventre mou. Il parle des remakes à répétition, de la peur de tenter quelque chose de neuf, et de cette tendance à recycler les franchises comme si elles étaient des zombies IP condamnés à avancer par inertie. Schoenbrun ne se contente pas de faire un slasher méta : elle interroge l’état même du cinéma de genre contemporain, son cynisme, ses automatismes et son incapacité à se réinventer autrement que par copier-coller sous anxiolytiques.
Maintenant, ce qui peut jouer en défaveur du film, c’est surtout son manque de clarté dans l’articulation de ses thématiques, qui ont tendance à s’entremêler dans un joyeux bordel où le rire nerveux s’active intuitivement. Je m’explique.
Le premier aspect qui pourrait laisser perplexe, c’est son stylisme parfois trop intellectuel, qui empiète sur l’intelligibilité du message. Faire de l’elevated horror, intriguer le spectateur et le laisser cogiter, c’est une excellente manière de remettre en question certaines certitudes qu’on pourrait qualifier de patriarcales ou réactionnaires. Cependant, cette vision peut aussi devenir un repoussoir pour les spectateurs plus rétifs à ce type de démarche, qui risquent de voir le film comme un objet un peu donneur de leçons.
Est-ce fait exprès ? Je ne sais pas. Le film reste-t-il pertinent comme objet cinématographique malgré son bagage émotionnel? Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat.
![[Fantasia 2026] « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » : Le slasher méta qui tronçonne Hollywood 4 teenage sex and death at camp miasma scaled.png](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/07/teenage-sex-and-death-at-camp-miasma-scaled.png-750x436.jpeg)
Le deuxième aspect réside dans sa construction très méta, qui transforme l’œuvre en objet parfois presque expérimental. Ce contraste très « artistique » peut donner l’impression de masquer certaines faiblesses scénaristiques, ou du moins de les compenser par une réflexion plus poussée sur ce que chaque scène est censée dire. À mesure que le film avance, il perd un peu de souffle et atteint ses limites à mi-parcours. Cet aspect méta finit alors par devenir une roue de secours, renforçant au passage le premier point. Cela dit, même quand le film se cherche un peu, il garde une vraie singularité, et c’est déjà beaucoup.
Au final, Teenage Sex and Death at Camp Miasma reste un film ambitieux, personnel et souvent passionnant, même lorsqu’il se perd dans ses propres détours. C’est une œuvre qui préfère la friction à la simplicité, le trouble à l’évidence, et le malaise à la bonne conscience. On peut parfois s’y sentir un peu perdu, mais c’est aussi ce qui fait sa singularité : un film qui veut à la fois faire peur, faire rire, faire réfléchir et, au passage, rappeler que les remakes peuvent encore servir à quelque chose quand ils ont une vraie idée derrière la tronçonneuse.
Dès ce soir, vendredi 17 juillet à Fantasia Film Festival. Dès le 14 août au cinéma.
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