Il y a des soirs où, à la sortie d’un film d’horreur, l’œuvre est tellement décevante qu’on ne sait plus quoi dire, des trucs que même Horreur Québec, dans son amour infini des sensations fortes, finirait par censurer par charité publique.

J’ai beau chercher le bon, le potentiel, les excuses, les petites sensations, la mise en scène, les acteurs… rien à faire. Ce texte va se transformer en pugilat, et je sens bien que ça pourrait m’être fatal pour ma carrière journalistique qui, soyons honnêtes, n’existe pas encore. Embarquez avec moi dans ma galère. (Elle est confortable, au moins.)

Mamie, j’ai perdu la boule

w1500 57626307

Le pitch tient en une phrase : une infirmière en soins palliatifs se retrouve coincée, la nuit, avec une patiente atteinte de démence. Très vite, elle soupçonne que quelque chose d’autre ne va pas chez cette femme, quelque chose de surnaturel, et doit se battre pour survivre jusqu’à l’aube.

Sur le papier, c’est un terrain idéal pour un huis clos anxiogène, un film de possession ou de folie qui jouerait sur l’isolement, la nuit, et la fragilité mentale. Sur l’écran, c’est autre chose.

La croix et la bannière

1 h 26. Le film réussit l’exploit d’être à la fois vide et ennuyeux en seulement 86 minutes. D’habitude, je me dis qu’une durée pareille donne un film bâclé, saccadé, mais Bury the Devil, dans son infinie médiocrité, parvient à me faire regarder ma montre toutes les dix minutes. C’est farouchement lent, farouchement creux.

Le prologue est posé comme une âme en peine dans un récit agonisant sous ses incohérences et ses absurdités. Certaines mises en scène de vidéos TikTok sont mieux travaillées que la mise en scène de ce long-métrage. La vacuité des répliques n’a d’égale que la laideur de la photographie, qui réussit l’exploit de donner une image verdâtre… en pleine nuit, dans une maison isolée.

p33490394 i h10 ab

L’introduction des personnages, comme celle de Randall, devrait être montrée dans toutes les bonnes écoles de cinéma… en contre-exemple. Comment une personne qui se présente n’arrive-t-elle pas à expliquer la situation à une infirmière qui est censée la connaître?

« C’est trop long à t’expliquer. » Ben non, Randall : vous êtes dans une maison isolée, elle est infirmière à domicile, le temps, elle en a des masses. Au lieu de cela, tu choisis de l’agresser? Ce n’est pas cool, Randall.

Je ne vais pas m’attarder sur les écueils et les clichés habituels des films d’horreur ; des tropes connus, usés, parodiés, décortiqués, mais le réalisateur arrive quand même à les utiliser de travers. J’applaudis : c’est du grand professionnalisme de l’incompétence. Tommy Wiseau serait fier de vous. Les scènes de possession, d’horreur, de confrontation, d’exorcisme sont vidées de leur substance, comme aspirées par les maladresses de la trame scénaristique.

Le mauvais jeu des acteurs tue dans l’œuf tout le sérieux des scènes, ainsi que leur charge émotionnelle. Et surtout, mon Dieu, que c’est cheap. Que c’est cheap.

Bury the Devil 28 scaled 1

D’habitude, la créativité de l’équipe et/ou du réalisateur compense un peu le micro-budget d’un film (hommages au passage à Obsession, The Undertone, Talk to Me…). Ici, la créativité semble être partie en même temps que le scénario. Dommage.

« T’as vu mon gros plan-séquence ? »

La particularité affichée du film, c’est qu’il est conçu comme un plan-séquence.

Pour rappel : le plan-séquence, c’est une scène entière filmée en une seule prise continue, sans coupe ni montage interne. C’est à la fois un choix esthétique, narratif et technique, souvent spectaculaire, mais pas seulement « pour la prouesse ».

Or, Bury the Devil semble plus intéressé par la masturbation technique que par l’utilité et les forces du procédé.

  • Immersion et effet de réel? Le film immerge plutôt dans un ennui qui mériterait une thèse.
  • Dramaturgie et tension? La dramaturgie s’est perdue en deux lignes de dialogue futiles ; le film est moins tendu qu’un slip usagé.
  • Maîtrise de l’espace et chorégraphie? Le film ne connaît déjà pas son espace, alors le maîtriser…
  • Signature stylistique / marque d’auteur? Je dirais que la signature stylistique, c’est le néant.

Au lieu d’utiliser le plan-séquence pour renforcer la claustrophobie, la progression de la peur ou la relation entre l’infirmière et la patiente, le film s’en sert comme d’un gadget. Résultat : on sent moins la contrainte artistique que l’impuissance narrative. La caméra bouge, mais l’histoire, elle, piétine.

L’enfer, c’est les autres… et ce scénario

Bury the Devil part d’une idée potentiellement forte. Un huis clos nocturne entre une soignante et une patiente dont la démence ouvre une porte vers le surnaturel mais il échoue à peu près sur tous les plans : écriture, mise en scène, jeu, rythme, atmosphère. Le choix du plan-séquence, au lieu de devenir un atout, accentue les faiblesses du scénario et transforme chaque scène en une longue épreuve d’endurance.

Ce n’est pas seulement un mauvais film d’horreur ; c’est un cas d’école de comment ne pas utiliser un dispositif formel ambitieux. Si vous cherchez une nuit de frissons, passez votre chemin. Si vous cherchez un exemple à montrer en cours de cinéma pour illustrer ce qu’il ne faut surtout pas faire avec un plan-séquence en huis clos, là, en revanche, vous tenez peut-être votre pépite.

Et moi, quelque part entre deux bâillements, je me demande si je viens de critiquer un film ou d’assister à un exorcisme raté où c’est le spectateur qui finit possédé par l’ennui.

Bury The Devil (2026) Official Trailer

Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
1.5
Note Horreur Québec