Difficile de dire non à un thriller québécois se déroulant en forêt et mettant en vedette deux acteurs de talent. Someone’s Daughter offrait aussi une bande-annonce assez attrayante pour ceux qui aiment les survivals et les drames psychologiques.
Une avocate de la défense qui a innocenté un client accusé de viol, des années plus tôt, se voit kidnappée par le père de la victime, et laissée seule sur une île isolée avec celui qu’il juge responsable du malheur de sa fille : le supposé agresseur.
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Someone’s Daughter est un thriller réalisé par la Germano-Canadienne Wiebke von Carolsfeld, qui a également coécrit le scénario. Elle aurait eu l’idée de ce dernier en suivant le procès de Jian Ghomeshi, un animateur accusé d’agression sexuelle il y a quelques années. Son histoire est purement fictive, cela dit.
À travers les nombreux thèmes (la violence faite aux femmes, l’impuissance du système judiciaire, le poids de la culpabilité, le désir de survivre), on ressent de grandes ambitions de la créatrice qui tisse lentement cette savoureuse toile d’araignée autour des personnages.
Difficile de ne pas penser à Délivrance, The Edge, ou même à Alive (ici en version estivale) en visionnant le long-métrage. Cet homme et cette femme qui avaient uni leurs forces par le passé devant un tribunal doivent fusionner cette fois leur force physique pour affronter ce monde perdu qu’est la forêt isolée des Cantons-de-l’Est. Le périple est ardu et multiplie les échanges savoureux entre les personnages.
En les extirpant du monde, on les force toutefois à retrouver leur instinct primitif les poussant à vouloir survivre. Notre avocate, dont le devoir est de croire que tout le monde a droit à un procès juste et équitable, se doit aussi à elle-même de se laisser une marge de doute quant à l’innocence de celui qu’elle a défendu dix ans plus tôt. Le scénario tente d’explorer aussi cette idée que les hommes accusés d’agression se font souvent défendre par des femmes, a mentionné la créatrice. On peut, certes, reprocher un aboutissement un peu expéditif, alors qu’on espérait certains angles un peu plus sombres et haletants. L’ensemble n’en est pas moins plaisant d’un bout à l’autre.
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Difficile de croire qu’avec une mise de fonds aussi limitée, la cinéaste ait réussi le tour de force de filmer la nature sauvage de l’Estrie de cette manière. Il y a une expertise technique non négligeable déployée ici. On compte un nombre incalculable de productions tournées dans les Cantons-de-l’Est (l’inoubliable Frontières, de Guy Édouin, toujours avec la même Pascale Bussières) mais rarement la forêt de cette région n’a semblé aussi dense et dangereuse. La cinéaste maîtrise très bien l’art de créer une ambiance anxiogène, et le film en bénéficie grandement.
Le duo d’acteurs aide aussi à rehausser l’ensemble. On ne voit pratiquement qu’eux durant la totalité du film, et ils sont impeccables. L’extraordinaire Pascale Bussières, qui cumule les rôles exigeants et s’en acquitte toujours haut la main, campe cette avocate avec un aplomb exemplaire. Dans le rôle de son ancien client, François Arnaud est tout aussi crédible et nuancé.
Même s’il ne possède pas les péripéties extravagantes des grosses productions américaines qui abordent des sujets similaires, Someone’s Daughter demeure intense, intelligent et très divertissant.
Le film prend l’affiche cette semaine, le 23 octobre prochain.

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