Que l’on soit ou non d’accord avec le récipiendaire de la Palme d’or, attribuée chaque année lors du festival de Cannes, la découverte de ces films primés est un devoir et un plaisir pour les grands cinéphiles. Quand on nous annonce, par-dessus le marché, que l’élu de cette année est un long-métrage basculant du drame familial au thriller judiciaire, les amateurs de sensations fortes se doivent d’être curieux.
![[Critique] « Fjord » : Les barrières infranchissables de la vérité 1 Fjord](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/11/Fjord-304x450.jpg)
Peu après leur arrivée dans un petit village de Norvège, un couple conservateur qui élève ses cinq enfants avec de profondes convictions religieuses se voit subitement soupçonné de maltraitance envers eux et de leur infliger certains châtiments physiques inconvenables.
Écrit et réalisé par Christian Mungiu, Fjord est un film dense et exigeant qui risque d’être disséqué dans des cours de cinéma. Que se passe-t-il réellement entre les murs de la maison de cette famille ? Derrière des desseins religieux, est-ce que ce couple dépasse les bornes ? Ce postulat de départ est en apparence le moteur de l’intrigue, mais il ne s’agit que d’une entrée en matière pour aborder les différentes fractures sociales.
Depuis sa première projection à Cannes, Fjord polarise et fait énormément jaser le public. Certains cinéphiles y ont perçu un propos anti-progressiste faisant de ce couple chrétien et pieux la victime ostracisée d’un monde progressiste. Pourtant, cette lecture d’une œuvre aussi riche manque de nuance et réduit sa grandeur. Fjord se veut davantage un déclencheur de discussions qu’une énumération de ce qui est bien ou mal.
![[Critique] « Fjord » : Les barrières infranchissables de la vérité 2 Fjord 02](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/11/Fjord_02-750x314.jpg)
La longueur du film permet au scénario de faire une multitude de discernements. Chacun des deux clans se fait malmener et on en vient vite à se dire que personne n’a réellement raison. Le long-métrage est un véritable duel entre le progrès et les valeurs conservatrices, mais tout cela n’est en fait qu’un prétexte pour critiquer le manque de tolérance et d’empathie face à la différence. Nous sommes confrontés à un film ayant un message politique qui dénonce comment on peut s’enfermer dans nos certitudes pour mieux s’acharner sur ceux qui pensent différemment de nous.
Fjord est un long-métrage d’une puissance insondable, où les non-dits énigmatiques valent tous les mots du dictionnaire, et où l’absence de prise de position force le spectateur à cogiter. Autant dans son écriture que dans sa mise en scène, Mungiu expose des faits et sa neutralité face aux deux parties articule merveilleusement bien cette idée qu’aucun des exposants n’est véritablement ouvert au dialogue. Ironiquement, les enfants qui subissent le plus dans cette crise sont ceux qui semblent le plus enclins à comprendre l’autre et à accepter les lacunes des deux mondes. La jeune fille libérée est ouverte à développer une certaine spiritualité, alors que son amie élevée dans les restrictions religieuses comprend que la vie offre différentes alternatives. L’une et l’autre ressortent transformées par cette rencontre, et c’est précisément là où se situe le discours de Mungiu. Il n’est aucunement question de juger qui a raison et qui a tort.
![[Critique] « Fjord » : Les barrières infranchissables de la vérité 3 Fjord Family Picture Photo Credit Tudor Panduru](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/11/Fjord-Family-Picture-Photo-Credit-Tudor-Panduru-673x450.jpg)
Sa réalisation concorde assez bien avec ce désir d’objectivité. Il privilégie les plans larges et les plans séquences pour éviter de dicter au spectateur où il faut regarder. Lors d’explosions émotives, les protagonistes sont souvent filmés de dos, et aucun gros plan ne vient magnifier les émotions pour mieux manipuler l’audience.
L’interprétation sans faille est dominée par Sebastian Stan et Renate Reinsve qui composent sobrement ces parents mis sur la sellette.
En résumé, Fjord est un film différent et remarquable qu’il faut prendre le temps de digérer, et qui nous tombe dessus comme les avalanches de neige du film sur le village. Il s’agit d’une œuvre singulière qui remet le spectateur en question et qui le force à douter de ses propres convictions.

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