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Sur le papier, Forbidden Fruits possédait tous les arguments pour s’imposer comme la nouvelle référence de l’horreur pop. Présenté au festival SXSW 2026 avant son arrivée sur la plateforme Shudder le 26 juin dernier, le premier long-métrage de la réalisatrice Meredith Alloway promettait une relecture acidulée du mythe de la sorcellerie. Avec ses héroïnes baptisées d’après des fruits et son hybridation assumée entre l’humour cynique de Mean Girls (VFQ: Méchantes Ados) et la noirceur de The Craft (VFQ: Dangereuse Alliance), l’attente était légitime.

Malheureusement, cette relecture féministe livre un résultat en demi-teinte. Sans être le naufrage redouté, le film s’avère être une proposition laborieuse à démarrer, qui peine à dissimuler ses limites avant un sauvetage in extremis dans son dernier acte.

Une satire consumériste qui prend (trop) son temps

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L'intrigue prend racine dans le décor hautement nostalgique d'un centre commercial de Dallas. L'histoire s'articule autour de quatre jeunes femmes employées chez Free Eden, une boutique de prêt-à-porter aux allures sectaires. Dirigé par Apple, incarnée par Lili Reinhart, ce quatuor dissimule un coven qui pratique une magie légère entre deux quarts de travail. Leur dynamique est rapidement bouleversée par l'intégration de Pumpkin, jouée par Lola Tung, une recrue candide arrachée à son stand de bretzels voisin.

Si la prémisse amuse, la transition de la scène à l’écran (le scénario étant adapté d’une pièce de 2019) se fait lourdement sentir. Le récit adopte un rythme chancelant, s’attardant sur des boucles comiques répétitives au lieu de densifier son propos. D’un point de vue analytique, la réalisatrice navigue à vue entre la satire du consumérisme, la comédie adolescente et le cinéma d’épouvante. Cette hésitation tonale constante empêche l’intrigue de véritablement décoller durant sa première heure, forçant le spectateur à prendre son mal en patience.

Une direction artistique plus sage que prévu

Le choix du centre commercial laissait présager un terrain de jeu visuel excentrique, saturé de néons et de couleurs vibrantes. Or, la direction artistique fait le choix d’une esthétique étonnamment plus sobre. Plutôt que d’embrasser l’exubérance référentielle d’un film culte comme The Love Witch d’Anna Biller, la photographie privilégie des tons plus neutres et réalistes.

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Si cet environnement clos manque un peu de la folie organique que réclamait initialement ce récit diabolique, il faut souligner que la production compose avec des moyens financiers visiblement limités et décide de compenser cette retenue par d’autres atouts. Face à cette contrainte, la réalisatrice opère des choix de mise en scène particulièrement judicieux en misant sur le hors-champ et la suggestion. Par exemple, la cabine d’essayage de la boutique fait office de véritable confessionnal où l’icône Marilyn Monroe est priée et vénérée comme une divinité. Une idée conceptuelle forte que la caméra ne cherche jamais à matérialiser visuellement, laissant sagement cette dimension mystique à notre seule imagination.

Même lorsque le récit s’aventure finalement sur le terrain du gore, le manque de budget se fait sentir, forçant Meredith Alloway à ruser avec sa caméra. Face à une violente mutilation faciale, la réalisatrice choisit judicieusement de filmer l’action de dos pour masquer des effets spéciaux qui auraient sans doute paru trop fauchés. Le compromis est habile et réussit à heurter l’imaginaire, mais il rappelle inévitablement les limites techniques et financières de la production.

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Faute de pouvoir offrir la folie visuelle espérée, on se console en se disant que la fadeur de ce grand décor beige sert au moins de toile de fond pour faire ressortir la garde-robe bariolée des héroïnes. Associé à une bande-son rétro plutôt efficace, ce contraste permet de limiter la casse et d’apporter un peu de texture à l’écran, sans pour autant réussir à masquer totalement la timidité esthétique de l’œuvre.

Un troisième acte qui sauve les meubles

Il faut donc attendre la dernière ligne droite pour que le long-métrage accepte enfin de lâcher prise. Lorsque l’intrigue bascule dans le chaos horrifique, multipliant les malédictions sanglantes et les rituels absurdes, le spectacle trouve enfin son identité. Ce dénouement cathartique permet à la distribution de briller et sauve Forbidden Fruits du naufrage total.

Lili Reinhart excelle particulièrement dans ce registre explosif. Elle orchestre le glissement de son personnage vers une folie menaçante qui n’est pas sans rappeler l’iconique Fairuza Balk dans The Craft (VFQ: Dangereuse Alliance). À ses côtés, Victoria Pedretti livre une partition tragi-comique réjouissante en endossant le rôle de la figure superficielle et dépassée du groupe, tandis que la créatrice de contenu Emma Chamberlain s’offre une apparition remarquée en cliente excentrique.

En fin de compte, Forbidden Fruits offre un divertissement macabre honorable dans sa conclusion. La pilule passe, mais le laborieux chemin pour y parvenir exigera de la part du spectateur une indulgence certaine face à ses maladresses d’exécution.

Forbidden Fruits | Official Trailer ft. Lili Reinhart & Lola Tung | HD | IFC Films
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Pour les fans...
d'œuvres féministes et macabres à la Jennifer's Body ou Scream Queens
Si vous vouez un culte à la dynamique de groupe toxique à la Mean Girls
comédies horrifiques où le vernis pop se craquelle pour laisser place à un joyeux bain de sang.
2.8
Note Horreur Québec