Le 29 septembre prochain, Jan Komasa nous offre Heel (aussi connu sous le titre The Good Boy) en sortie VOD. Cette comédie noire propose un divertissement tordu où séquestration et valeurs familiales traditionnelles s’unissent pour vous faire rire, pleurer et, peut-être même, arrêter de fumer.
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Tommy (Anson Boon), 19 ans, est une racaille criminalisée qui n’a de respect pour personne. Il erre de problème en problème en surconsommant alcool et drogues, ne laissant derrière lui que chaos et misère. Ce parfait spécimen de jeunesse gâchée va vite être repéré par Chris (Stephen Graham), un père de famille cherchant à ajouter un nouveau membre à son unité familiale, de gré ou de force. Une bouteille de chloroforme plus tard, Tommy se retrouve enchaîné par le cou dans une cave. Il devra réapprendre à se comporter en bon garçon, faute de quoi il sera sévèrement réprimandé par ses nouveaux parents.
Une histoire connue, un déroulement unique
Il est possible de retrouver la base de ce scénario dans plusieurs autres films à succès. Misery et 5150, rue des Ormes ont par le passé su capturer la détresse liée au cauchemar d’être enfermé et séquestré par un ravisseur instable, à la recherche d’une personne lambda à reprogrammer pour combler un vide.
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Là où Heel se taille une place unique dans le genre, c’est par son refus de tomber dans le cliché horrifique typique. La mise en situation est peut-être troublante, mais l’ambiance se veut légère, quoiqu’un peu malsaine. Bien que Tommy soit parfois maltraité physiquement quand il ne coopère pas, le véritable plan de match de ses geôliers est de l’amener à intégrer une famille en apparence parfaite.
L’art de jouer au papa et à la maman
Cette approche ne serait sûrement pas aussi divertissante sans la performance de Stephen Graham. Ayant récemment joué le rôle d’Eddie Miller dans la marquante série Adolescence en 2025, Graham a su interpréter un père d’apparence robuste et macho avec une franche nuance de sensibilité et de chaleur paternelle. La façon dont il joue Chris est l’envers de la médaille. Papa Chris est d’apparence timide et un peu mollasson, mais lorsque Tommy appuie sur les mauvais boutons, notre papa gâteau devient un véritable père Fouettard.
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Bien entendu, Chris n’est pas seul dans cette ambitieuse mission qu’est la rééducation de Tommy. À ses côtés, il peut compter sur sa femme Kathryn (Andrea Riseborough). Riseborough aborde son rôle avec plus de sobriété que Graham. Elle est plus en retrait au début du récit, mais cela permet à sa performance de prendre de l’élan dans un crescendo de froideur aussi surprenant qu’éprouvant à regarder. Après tout, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Heel frappe fort sur ce point. Les parents ne sont pas aussi effroyables qu’une Annie Wilkes dans Misery. Leur comportement, bien qu’il soit déraisonnable à bien des niveaux, est relativement réaliste.
Le film donne presque l’impression qu’une famille comme celle-là pourrait exister dans notre monde.
Lorsque les choses se gâtent, leur caractère imprévisible donne envie de marcher sur des coquilles d’œufs, quand bien même nous sommes installés à une distance raisonnable de nos écrans.
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Le confort du syndrome de Stockholm
La démarche de Chris et Kathryn est en surface vertueuse. Tommy est un jeune qui semble déterminé à ruiner tout semblant d’avenir qu’il pourrait se construire. Ses nouveaux parents adoptifs — pour ne pas dire kidnappeurs — tentent de lui montrer qu’il a tort au moyen de prises de conscience forcées et de renforcement positif. Le plus fou, c’est qu’il est parfois difficile de discerner si Tommy joue le jeu pour éviter d’être puni, ou s’il commence vraiment à se sentir à la maison chez ces deux fanatiques de la bienséance.
Comment ne pas se sentir à la maison quand, en dépit d’une chaîne autour du cou, son quotidien est rempli de lectures profondes, de soirées cinéma pleines d’émoi et de bonne nourriture? Finalement, la vraie chaîne autour du cou de Tommy n’est peut-être pas celle en métal, mais plutôt celle qui commence à lier son cœur à cette étrange famille à l’amour aussi protecteur qu’étouffant. Il faut dire que la chaîne en métal est quand même très contraignante…
Pourtant, qui aime bien châtie bien. Si le couple récompense l’obéissance et l’effort, il ne lésine pas sur les punitions. Pour beaucoup, la scène de la cigarette va laisser un arrière-goût plus amer que le tabac…
![[Critique] « Heel » : L’essayer, c’est l’adopter 5 Heel 2025 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/09/Heel-2025-1-665x450.png)
Lorsque le film touche à sa fin, Tommy est confronté à une question laissée en suspens par maman Kathryn :
Vaut-il mieux vivre dans l’ignorance ou faire face à la réalité?
À cela, il n’y a pas vraiment de réponse. Si les décisions et les actions des personnages parlent d’elles-mêmes, aucune conclusion toute cuite n’est servie au spectateur. Beaucoup de comportements problématiques ne sont pas abordés et la fin pourrait en laisser certains sur leur faim. S’agit-il d’un commentaire sur cette ignorance volontaire ou est-ce simplement une lacune du scénario? Le débat reste ouvert.
Au final, Heel est un film qui vaut le détour. Il n’est ni trop lourd pour rendre son visionnement pénible, ni trop léger pour empêcher de s’y investir pleinement. Les questions philosophiques soulevées sont intéressantes et jouissent d’une complexité troublante. Tous les acteurs y sont géniaux. Il est aussi facile de s’attacher à eux que de les craindre et de les mépriser. Jan Komasa nous gâte et il serait dommage de passer à côté d’aussi bonnes blagues de papa.
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