Voir un thriller remporter le Grand Prix à Cannes suffisait déjà à nous donner envie de voir Minotaure. Maintenant, quand on y lit qu’il s’agit du nouveau film d’Andreï Zvyagintsev, qui nous a offert les inoubliables Leviathan et Sans amour, et qu’il s’agit d’une relecture du chef-d’œuvre La Femme infidèle de Claude Chabrol, impossible de ne pas s’y intéresser.

MINOTAURE
En 2022, en pleine guerre russo-ukrainienne, un homme d’affaires qui doit livrer un quota de ses employés pour la guerre se met à soupçonner sa femme d’avoir une aventure.

La véritable force du scénario de Minotaure est de superposer la crise politique de la Russie à la vie de couple du héros. Tous deux subissent une multitude de chocs et s’enlignent vers une série de métamorphoses. C’est comme si, en explorant le cœur meurtri de cet homme dont la vie s’effrite, on nous racontait la situation politique du pays, et vice-versa. D’un côté comme de l’autre, nous avons droit à un parcours complexe qui renferme de nombreuses impasses et fausses pistes comme un labyrinthe. C’est à travers ce dernier que ce dirigeant d’entreprise, luttant contre tout changement et laissant aller ses pires instincts, fera office de la créature mythologique annoncée par le titre. La trame disséquera ses faits et gestes de manière glaciale durant la totalité du long-métrage. Le monstre se cache à l’intérieur de cet homme et tente désespérément d’en sortir.

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Si le récit ne se gêne pas pour offrir une certaine raillerie des institutions et des autorités, le constat offert n’en est pas moins paralysant. Que peut-il arriver dans un pays où les fortunés dirigeants d’entreprise ont le loisir de choisir leurs moins bons effectifs pour les envoyer au front ? Les forces policières errent dans ce paysage comme des âmes en peine, questionnant elles-mêmes leur utilité. On pose un regard assez lucide sur la guerre en Ukraine, et plusieurs plans resteront gravés dans nos mémoires. C’est notamment le cas de ce train de cargaison rempli de chars d’assaut qui défile devant nos yeux.

La réalisation de Zvyagintsev est comme toujours exemplaire. Qu’il s’agisse d’y filmer cette demeure familiale luxueuse et retirée du monde, ou cet ensemble de cages de verre faisant office de bureau au héros, la mise en scène scrute et nous bombarde d’informations sur ce monde, en apparence chromé et civilisé, sans jamais nous prémâcher les données auparavant. L‘ensemble baigne dans une atmosphère pesante qui semble quintuplée par la beauté des images.

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L’ensemble est magnifiquement porté par l’acteur Dmitriy Mazurov, qui offre un jeu malléable à chaque retranchement de l’histoire.

Au final, Minotaure est un film tout simplement majestueux dont le suspense vous enveloppe comme un savoureux linceul, et où le contexte en filigrane ne peut que captiver.

MINOTAUR | Official Trailer | Only in Theaters This November
Note des lecteurs1 Note
Pour les fans...
de thriller politique
d'exercice de style cinématographique
4.5
Note Horreur Québec