Disponible depuis le 17 septembre sur Netflix, la quatrième saison de l’anthologie Monsters s’attaque à un mythe fondateur du fait divers américain. Après avoir exploré la psyché de tueurs masculins comme Jeffrey Dahmer et Ed Gein sous un prisme froid et macabre, les créateurs Ryan Murphy et Ian Brennan opèrent un virage narratif et esthétique radical.
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Le synopsis nous plonge dans le Massachusetts de 1892 : Lizzie Borden (Ella Beatty), une jeune femme issue de la bourgeoisie puritaine, étouffe sous l'emprise d'un père tyrannique et d'une belle-mère intraitable. L'arrivée d'une nouvelle gouvernante irlandaise, Bridget Sullivan (Vicky Krieps), agit comme un catalyseur. Une relation intime se tisse entre les deux femmes, les menant ultimement au tristement célèbre double meurtre à la hache.
Au-delà de ce huis clos, la série ambitionne de lier le destin de la jeune bourgeoise à ceux de la tueuse en série Aileen Wuornos et de la comtesse hongroise Erzsébet Báthory, transformant le genre du true crime en un véritable spectacle grand-guignolesque.
Le meurtre comme outil d’émancipation et de spectacle pop
Le postulat de cette nouvelle saison repose sur une lecture ouvertement idéologique où la criminalité devient une réponse directe à l’oppression patriarcale. Le scénario trace un fil rouge transhistorique jusqu’à Aileen Wuornos, présentée comme l’héritière spirituelle de Borden, luttant contre la violence sexuelle endémique des années 1990. En toile de fond, la figure d’Erzsébet Báthory est lue par les personnages comme une pionnière mythique de la rébellion féminine.
![[Critique] « Monster - The Lizzie Borden Story» : Quand Murphy et Brennan hachent l'Histoire 2 "A man with curly hair and a beard stands beside a woman with dark hair in an old-fashioned, elegant dress, both in a warmly lit vintage interior with patterned wallpaper and a staircase in the background."](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/09/Monster__The_Lizzie_Borden_Story_n_S1_E1_00_19_51_05R-750x405.jpg)
Pour faire passer ce discours, la réalisation mise sur un pur divertissement décomplexé. L’œuvre propose une sororité macabre où le meurtre est purgé de sa dimension sordide pour devenir un acte pop et jubilatoire. La mise en scène délaisse le réalisme pesant des saisons précédentes au profit de la comédie noire, alignant les anachronismes assumés, les séquences gores cartoonesques (des geysers de vomi aux autopsies complaisantes) et une bande sonore rock. Le drame historique cède la place à un produit de consommation rapide, conçu pour choquer et amuser.
L’effacement du réel pour satisfaire le récit
Cette redéfinition du crime en divertissement militant se heurte brutalement aux faits documentés, révélant comment la réalité a été tordue pour s’adapter à la formule hollywoodienne.
L’affaire Borden s’articule historiquement autour d’un mobile strictement financier : la peur de voir l’imposant héritage d’un père maladivement avare accaparé par la belle-mère. Si de nombreux criminologues modernes ont par la suite théorisé la possibilité d’un inceste (se basant sur la violence inouïe du crime et la dynamique étouffante d’une maison où les portes des chambres étaient verrouillées à double tour), aucune preuve d’époque ne l’a jamais corroboré. En s’appropriant cette hypothèse non prouvée, la série choisit la voie de la dramatisation victimaire. Le scénario occulte la cupidité sordide de la famille Borden pour transformer le meurtre en un acte de légitime défense face aux abus patriarcaux.
![[Critique] « Monster - The Lizzie Borden Story» : Quand Murphy et Brennan hachent l'Histoire 3 MONSTER 401 Unit 00964RC](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/09/MONSTER_401_Unit_00964RC-677x450.jpg)
De plus, l’acquittement de Lizzie ne relevait en rien d’une victoire féministe ou d’une quelconque subversion du système. Bien qu’il n’ait jamais été formellement prouvé qu’elle ait commis ces meurtres, le crime demeurant d’ailleurs non résolu aux yeux de la loi, le traitement de son statut de suspecte principale illustre avant tout un profond sexisme victorien. Les jurés, tout comme la société bien-pensante de l’époque, refusaient catégoriquement de concevoir qu’une jeune femme de la bonne société, pieuse et impliquée dans les œuvres de charité, puisse commettre un acte d’une telle sauvagerie. C’est l’aveuglement d’un système refusant d’admettre la capacité des femmes à la brutalité qui a orienté l’issue du procès, et non un triomphe sur l’oppression patriarcale.
Aileen Wuornos : La fracture sociale réduite à un lien artificiel
Le scénario de Monstre crée un pont fictif entre les époques en montrant Aileen Wuornos (la tueuse en série floridienne des années 1990) effectuant un pèlerinage sur les traces de Lizzie Borden. La série dresse un parallèle entre les deux femmes, suggérant que Wuornos s’est inspirée de l’impunité de Borden pour justifier ses propres actes criminels.
Les faits documentés sur Aileen Wuornos ne montrent aucune fascination pour l’affaire de Fall River. Wuornos était une travailleuse du sexe vivant dans une extrême précarité, marquée par de graves traumatismes psychologiques et des abus sexuels répétés dès son enfance. Entre 1989 et 1990, elle a assassiné sept hommes, plaidant initialement la légitime défense face à des clients violents avant d’être condamnée à mort. En liant artificiellement son parcours à celui d’une riche héritière du Massachusetts du siècle précédent, la série occulte la dimension purement sociale et psychiatrique du dossier Wuornos pour l’insérer de force dans une lignée idéologique de « justicières ».
![[Critique] « Monster - The Lizzie Borden Story» : Quand Murphy et Brennan hachent l'Histoire 4 MONSTER 406 Unit 00080RC](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/09/MONSTER_406_Unit_00080RC-677x450.jpg)
Malgré ce fossé creusé avec la réalité, il convient de souligner l’excellent travail d’actrice de Sarah Paulson. Totalement méconnaissable sous les traits de Wuornos, elle assure son rôle avec une sincérité désarmante. Elle incarne le personnage avec une justesse qui détonne positivement au milieu des libertés scénaristiques de la série.v
Erzsébet Báthory : L’abus de pouvoir transformé en rébellion
L’intégration de la figure d’Erzsébet Báthory (1560-1614) constitue sans doute le plus grand écart historique de cette saison. La série utilise la comtesse hongroise comme une sorte d’icône originelle de la rébellion féminine, reprenant à son compte le mythe des bains de sang pris pour conserver une jeunesse éternelle.
Pourtant, les archives judiciaires du XVIIe siècle brossent un portrait radicalement différent, rendant son utilisation comme figure antisystème tout à fait absurde. La comtesse Báthory n’était pas une victime du système patriarcal, mais bien l’une des propriétaires terriennes les plus puissantes d’Europe centrale. Son sadisme s’exerçait quasi exclusivement sur de jeunes filles issues de la paysannerie, puis de la petite noblesse, qu’elle torturait et tuait en toute impunité. Ses crimes relevaient de l’abus de pouvoir féodal et de l’impunité de classe, à l’exact opposé d’une lutte contre la domination masculine.
![[Critique] « Monster - The Lizzie Borden Story» : Quand Murphy et Brennan hachent l'Histoire 5 Monster The Lizzie Borden Story n S1 E1 00 43 22 10R](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/09/Monster__The_Lizzie_Borden_Story_n_S1_E1_00_43_22_10R-600x450.jpg)
En occultant ces faits, la série transforme un abus de pouvoir institutionnalisé en une fausse fable émancipatrice.
Le cynisme du true crime commercialisé
En cherchant à démontrer que la condition féminine engendre invariablement une rage universelle, Lizzie Borden aplatit la complexité de la psychologie criminelle. Les motivations réelles, la cupidité pour Borden, la survie et la folie pour Wuornos, le sadisme institutionnalisé pour Báthory, sont consciemment gommées.
Le problème ne réside pas dans la volonté de dénoncer la misogynie systémique, bien au contraire. Revendiquer une lecture féministe du true crime est essentiel, mais on ne peut que déplorer cette récupération artificielle. En transformant des dossiers criminels complexes et tragiques en une attraction de fête foraine sanguinolente, Netflix assume un cynisme certain. L’histoire est lissée, modifiée et esthétisée pour s’assurer qu’elle demeure un divertissement agréable à consommer en rafale.
![[Critique] « Monster - The Lizzie Borden Story» : Quand Murphy et Brennan hachent l'Histoire 6 Monster The Lizzie Borden Story n S1 E1 00 43 01 09R](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/09/Monster__The_Lizzie_Borden_Story_n_S1_E1_00_43_01_09R-750x405.jpg)
Ce vernis pop-féministe confirme la règle d’or du streaming : la fable vendeuse prime sur la réalité historique. Instrumentalisée, la cause des femmes devient un simple produit de consommation. Reste à se demander si le véritable monstre de l’histoire ne serait pas cette machine hollywoodienne prête à dévorer la réalité pour nourrir son algorithme.


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