Au printemps dernier, alors que l’été commençait doucement à nous promettre de longues journées ensoleillées, loin des campus et des devoirs, Horreur Québec vous avait présenté une critique du premier opus du recueil de nouvelles Les chroniques de Molochville.

Aujourd’hui, on vous revient en force afin de vous jaser un peu du second livre de ce collectif : Blackout. Une fois de plus, les quatre histoires sont signées par des maîtres québécois de l’horreur jeunesse, vous y retrouverez des textes de : Jocelyn Boisvert, Véronique Drouin, Sandra Dussault et Patrick Isabelle.

Accrochez-vous et embarquez une nouvelle fois dans les aventures sombres et sordides de ce petit village!

Alors que la population de Molochville ne s'est toujours pas remise des terrifiants évènements de l'automne, une panne électrique générale frappe la ville... Faisant ainsi de la petite municipalité, une fois de plus, l'endroit parfait pour laisser le Mal opérer. Molochville devient alors le théâtre d'une nouvelle vague d'évènements particulièrement sordides...

Les quatre auteur.ice.s nous livrent ici un recueil particulièrement bien ficelé. Les histoires se font des clins d’œil entre elles, mais font aussi un bel écho avec l’opus précédent! En résulte un livre que l’on sent solide et travaillé dans les moindres détails!

Revello, par Sandra Dussault

1187vSandra Dussault Editions Les Malins
À la vue du camion à glace dans la cour de l'école, une envie irrépressible de se gaver de Revello s'empare de la jeune Amina. Une faim qui ne connaît jamais le contentement, un appétit insatiable qui aura de graves conséquences tant sur l'adolescente que sur celles et ceux qui l'entourent...

Avec Revello, Sandra Dussault instaure rapidement une ambiance pesante et plus qu’étrange au livre. Entre onirisme et cannibalisme, la nouvelle de l’autrice donne le ton aux Chroniques de Molochville : Blackout. Si dans le recueil précédent, on osait déjà une horreur forte et sans tabou, ici, ce pari est divinement renouvelé!

Dussault joue avec un certain flou narratif, omettant des indices et des clefs nécessaires à la compréhension de son récit. Pourtant, l’effet est bien loin d’être négatif! En résulte un effet plus qu’efficace de déstabilisation chez le lecteur, permettant ainsi à l’horreur de s’insinuer dans tous les pores de sa peau.

Le manque de vraisemblance de certains passages offre un effet près de l’onirisme. Qu’est-ce qui appartient au réel et qu’est-ce qui n’est que le fruit de l’imagination de la jeune protagoniste?

Scotophobie, par Patrick Isabelle

La réputation de Patrick Isabelle n’est plus à faire. L’auteur qui signe la saga jeunesse à succès Anna Caritas, ose terrifier les jeunes lecteurs sans scrupule et muni d’une plume bien aiguisée.

103vPatrick Isabelle Editions Les Malins
Scotophobie raconte l'histoire douce et banale d'un premier amour. Une chimie naissante entre Noah et Zoé qui offre une bouffée d'air frais aux lecteurs après le macabre récit de Sandra Dussault juste avant. Du moins, c'est ce que l'on souhaite nous faire croire... L'histoire sombre dans un cauchemar des plus sanglants alors que le party organisé par la sœur de Noah prend des allures de slasher...

Sans grande surprise, mais avec grande satisfaction, le lecteur constate rapidement la finesse du récit conté par Patrick Isabelle. Exerçant un rythme maîtrisé et calculé, l’auteur guide habilement son lecteur dans les méandres d’une histoire traumatisante ! Scotophobie est sans aucun doute la nouvelle la plus violente et sanglante de ce second recueil. Tenant son public en haleine, elle a une emprise monstre sur ce dernier. Allant même jusqu’à lui faire oublier de respirer tant il est envoûté.

Malgré quelques petits accrochages, entre autres une impression que le récit est précipité, qu’il aurait pu être bien plus qu’une nouvelle, Scotophobie demeure une histoire d’horreur jeunesse fracassante qui donnera très fort probablement la piqûre pour les frissons à des dizaines de jeunes lecteurs!

Tu ne tueras point, par Jocelyn Boisvert

1156vJocelyn Boisvert Editions Les Malins
Depuis que leur père est parti sans se retourner il y a déjà quelques années, Carl et Charlie vivent seul.e.s avec leur exécrable mère. L'ambiance à la maison est lourde, tendue, et les deux adolescents ne cessent de marcher sur des œufs. Le jour de son quatorzième anniversaire, Charlie en a plus qu'assez. 
C'est ainsi qu'avec son grand frère, ils élaborent un plan pour se débarrasser de celle qui leur pourrit la vie depuis trop longtemps. Ils n'avaient simplement pas envisagé que le passé referait surface et que de vieux secrets bien enterrés viendraient les hanter.

Tu ne tueras point est un récit audacieux et pertinent. Il permet de redonner la parole à tous ces enfants qui ont souffert en silence. Rappelons que la violence n’est jamais la solution, mais qu’en fiction, elle peut redonner un sentiment de vengeance et de satisfaction particulièrement fort.

Jocelyn Boisvert parvient à construire, en quelques pages seulement, des personnages particulièrement bien caractérisés et définis! Il est facile de s’attacher à eux, de compatir à leur situation. Une fois de plus, le rythme est parfaitement maîtrisé et le récit est addictif! L’auteur ose l’originalité et le résultat en valait le coup!

Exhumare, par Véronique Drouin

139vVeronique Drouin Editions Les Malins
Alors que Claire et son père viennent tout juste d'emménager dans une maison à Molochville, ce dernier développe une obsession malsaine pour le sous-sol. À vrai dire, il ne cesse de creuser dans le sol. Sans dormir ni manger, il creuse jour et nuit... Mais que tente-t-il de déterrer ainsi?

La plus grande force de ce récit signé Véronique Drouin est sans contredit l’ambiance. L’autrice parvient à construire rapidement une atmosphère pesante, étrange et qu’on ne peut ignorer. Les personnages d’Exhumare sont aussi particulièrement bien écrits et caractérisés, particulièrement la jeune Claire à qui le lecteur s’attache rapidement!

Exhumare questionne une nouvelle fois le rapport à la réalité et fait replonger les protagonistes dans de vieilles histoires qu’ils croyaient enterrées à jamais. L’intrigue est efficace, prenante et conclut savamment le collectif!

Le collectif

Il apparaît évident que le point commun entre chacune des histoires de Blackout réside dans ce flou thématique entourant la conception de la réalité. La perception du réel est mise à rude épreuve dans chacun des récits qui nous sont présentés ici. Insinuant, ainsi, une horreur qui nous prend aux tripes, une terreur insidieuse.

Si vous souhaitez commencer doucement à vous mettre dans l’ambiance de l’automne qui arrive à grands pas, Les chroniques de Molochville : Blackout est le choix pour vous! Frissonnant, intrigant et complètement absorbant, vous serez prêts pour la spooky season!

Vous voulez plus d’aventures dans cette ville obscure?

Restez à l’affût des nouvelles littéraires québécoises, puisque Les Malins annoncent un quatrième opus au collectif pour la mi-septembre 2026!

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Pour les fans...
4
Note Horreur Québec