Dans le jargon journalistique, il existe une doctrine médiatique devenue, au fil du temps, une référence dans l’exploitation de l’attrait du public pour les sensations fortes. Cette doctrine repose sur les trois S : sang, sexe et sensationnalisme. C’est par cette approche que la télévision est devenue, par la force des choses (et de l’argent), une source permanente de controverses et de polémiques, miroir déformant mais grossissant de l’amour malsain des spectateurs pour l’obscénité.
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C’est dans ce cadre que la téléréalité a vu le jour, et c’est dans ce cadre qu’elle est encore aujourd’hui choyée par les décideurs (OD, je te regarde).
C’est aussi dans cette logique que Stephen King écrit The Running Man. Un récit nihiliste par excellence, outrageusement en phase avec son époque et ce, quarante ans plus tard.
Si le roman a connu une première adaptation avec Schwarzenegger en tête d’affiche, engoncé dans un costume aussi moulant que kitsch, la version d’Edgar Wright se révèle bien plus décomplexée et nettement plus énervée.
Que ce soit par son sens du cadre ou sa maîtrise du tempo, The Running Man peut sans mal revendiquer le titre de film d’action le plus déjanté de l’année. Un cinéma bourrin, certes, mais étonnamment inventif dans sa manière d’articuler ses thématiques et son propos.
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Tout ce qui est mauvais est bon pour la télé
C’est précisément sur ce postulat que repose le film. The Running Man est un pamphlet frontal contre le consumérisme et le voyeurisme, carburant essentiel d’un totalitarisme médiatique où Josh Brolin incarne un véritable Thanos des canaux hertziens. Il instrumentalise les malheurs sociaux pour les transformer en machine à cash, antagonisant les individus d’une même classe afin de nourrir une dramaturgie télévisuelle qui masque les véritables puissants et leurs privilèges.
Dans cette Amérique transformée en arène à ciel ouvert, ce qui frappe en premier lieu, c’est le sentiment de paranoïa quasi constant dans lequel est plongé Ben Richards (et nous avec). Une attente permanente du danger, malgré l’immensité du territoire traversé. Wright exploite cette mécanique en exacerbant la relation malsaine que nous entretenons avec la télévision et notre appétence pour le sensationnel, tels des vampires en manque d’hémoglobine.
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La caméra elle-même devient un vautour, prête à se repaître des restes d’un cadavre : celui de l’éthique, dissoute sous le poids de nos paradoxes. C’est par cette mise en scène que le film souligne les contradictions internes de son protagoniste.
Ben Richards est en effet dépeint comme un personnage antisystème, mais incapable d’exprimer son dégoût autrement qu’en jouant le jeu de ce même système pour le dénoncer. Sa misanthropie nourrit la machine qu’il prétend combattre. Un cercle vicieux où l’entraide devient un crime et l’individualisme un étendard.
Ça ne vous rappelle rien?
Pour autant, le film n’ignore pas ses propres contradictions. The Running Man est lui-même un cheval de Troie : un objet outrageusement politique dissimulé dans l’emballage d’un blockbuster hollywoodien. Un vrai-faux film de studio à 110 millions de dollars, qui nargue des productions encore plus chères, cousu autour d’un scénario où l’outsider est voué à devenir héros.
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Fight the « Powell »
L’un des tours de force de Wright consiste à faire cohabiter des thématiques évidentes avec un sens du spectacle grandiloquent, sans sombrer dans un intellectualisme stérile. Le film n’oublie jamais qu’il est avant tout un divertissement et, à l’image de ce qu’il dénonce, abreuve son spectateur de courses-poursuites frénétiques, de combats sanglants et de punchlines vulgaires flirtant parfois avec une forme de poésie brute.
Show must go on, baby.
Là où le roman de King baignait dans un nihilisme désespéré, Wright le transforme en aliénation contemporaine, troquant la noirceur radicale pour un cynisme lucide. Un cynisme qui ne cherche pas tant à choquer qu’à mettre le spectateur face à sa propre responsabilité. Car The Running Man ne se contente pas de dénoncer un système : il nous rappelle que ce système ne fonctionne que parce que nous l’alimentons.
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En fin de compte, le film pose une question simple mais inconfortable : si tout cela existe, est-ce uniquement la faute de ceux qui appuient sur les boutons… ou aussi de ceux qui regardent l’écran? Dans ce jeu mortel où le spectacle doit continuer coûte que coûte, la véritable victoire n’est peut-être pas de survivre à l’arène, mais d’accepter enfin d’en détourner le regard.

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