Après Bait (2019) et Enys Men (2022), le cinéaste Mark Jenkin nous revient avec Rose of Nevada, un slow-burn d’une grande maîtrise formelle s’inscrivant dans la continuité de son approche très personnelle du genre fantastique. Précisons d’abord que les méthodes de production de Jenkin relèvent davantage de l’artisanat que du cinéma industriel. En effet, le cinéaste assure non seulement la réalisation et l’écriture, mais aussi la direction photo, le montage, la conception sonore et la composition musicale.

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Dans un petit village désolé des Cornouailles, le bateau de pêche Rose of Nevada réapparaît miraculeusement dans le port après trente années de disparition en mer. L’embarcation et les objets qui la meublent semblent inaltérés par le temps. Cette découverte pousse deux chômeurs, Nick et Liam, à se joindre au vieux capitaine Murphy pour une reprise des pêches qui se muera en un étrange voyage, brouillant les frontières du temps et de leur propre identité.

L’esthétique rappelle instantanément le cinéma indépendant des années 70 par l’utilisation de la pellicule argentique 16 mm : image au format 4:3, fini granuleux, effets de voile, rayures et teintes saturées faisant la part belle aux couleurs primaires. À la différence de cinéastes comme Ti West ou Damien Leone, on ne trouve nulle trace de nostalgie dans ce recours à une technologie révolue, mais plutôt une véritable recherche formelle.

D’abord, les plans sont généralement fixes et courts, s’attardant sur chaque geste. Les dialogues, rares et livrés avec une neutralité clinique, gagnent d’autant plus en importance lorsqu’ils sont prononcés. Ces traits stylistiques évoquent d’emblée le cinéma épuré de Robert Bresson.

Par ailleurs, le décor naturel, les côtes escarpées des Cornouailles, les vieilles maisons à la peinture écaillée et la mer se fracassant sur les récifs, s’impose comme le véritable personnage central de Rose of Nevada. Ce territoire abrite une communauté marquée par un traumatisme ancien : la perte du navire, de ses deux occupants, et le suicide d’un homme.

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Couleurs primaires, motifs récurrents (ancres, filets, câbles rouillés) et rimes visuelles tissent un réseau de significations complexe. Quelques ralentis suspendent le temps pour insuffler une poésie insolite à la Jean Cocteau. Enfin, des thèmes musicaux obsédants servent d’écrin à un fantastique discret et naturaliste, lançant un défi interprétatif au spectateur. On peut y voir le retour du refoulé d’une communauté endeuillée, une allégorie nietzschéenne de l’éternel retour, ou encore une fantaisie surréaliste.

Si la maîtrise formelle impressionne, le scénario aurait gagné à resserrer son introduction et à creuser davantage l’aliénation identitaire de Nick (George MacKay) et Liam (Callum Turner), ainsi que ce concept de retour vers un passé inachevé. Stimulant pour l’analyse, le film risque toutefois de frustrer un public en quête de rebondissements et de grandes révélations.

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De plus, la sécheresse du style étouffe parfois les ressorts dramatiques. On en sait par exemple si peu sur Nick et ses attaches familiales qu’il devient difficile d’éprouver de l’empathie pour lui et de s’investir dans son destin. La rareté des mentions nominales complique également l’identification des personnages, rendant parfois floue la frontière entre eux.

Enfin, le parti pris esthétique résolument ancré dans les années 70 et l’absence de marqueurs temporels contemporains brouillent la chronologie. En conséquence, le bond de trente ans en arrière, pilier fantastique du récit, s’avère plus distrayant que vertigineux, désamorçant l’immersion dans le drame au profit d’une confusion temporelle.

Malgré ces réserves, Rose of Nevada demeure une œuvre fascinante. Mark Jenkin confirme son statut de cinéaste à surveiller de très près.

ROSE OF NEVADA | Official Trailer | A Film by Mark Jenkin | Starring George MacKay and Callum Turner
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Pour les fans...
3.5
Note Horreur Québec