Fatherland nous était annoncé comme le troisième volet de la trilogie historique du cinéaste Pawel Pawlikowski après les inoubliables Ida et Cold War. C’était d’autant plus tentant de le voir depuis son couronnement à Cannes du prix de la mise en scène.

images 1
En 1949, l’auteur Thomas Mann, à qui l’on doit plusieurs grands romans comme La Mort à Venise et La Montagne magique, se lance dans un long voyage en voiture avec sa fille à travers l’Allemagne pour recevoir un prix et donner deux conférences. Ils comprennent vite que les réalités de leur pays ont changé.

Si le synopsis rappelle immédiatement le chef-d’œuvre Les Fraises sauvages d’Ingmar Bergman, le film n’en reprend pas moins la nuance dans sa manière d’explorer les conflits et différences entre les générations, et notre impuissance au changement.

Disons-le carrément, Fatherland est un véritable monument cinématographique. Il s’agit d’un film singulier qui s’insère en nous et nous fait réfléchir autant par son apport historique que philosophique.

Si vous êtes allergiques aux longs métrages plus lents, vous risquez de ne pas plonger entièrement dans ce court poème.

Fatherland est un film où l’errance, en apparence anodine, illustre les vestiges du passé et la bêtise humaine.

Le scénario est d’une densité gargantuesque que le spectateur s’amuse à disséquer. Cette étude approfondie de l’Europe d’après-guerre, où l’Allemagne est fracturée en deux unités bien distinctes, brille par sa sobriété exemplaire qui, à défaut de donner des réponses claires et précises, souligne le manque de repères des individus dans ces paysages ravagés, tout comme l’hypocrisie qui en découle. Les dialogues sont d’une précision chirurgicale, et tout semble renfermer une multitude de sens.

La réalisation de Pawlikowski fait office de véritable leçon de cinéma. On peine à croire qu’en à peine 80 minutes, on puisse livrer un tel spectacle. Optant pour un format 1,37:1 et un noir et blanc des plus somptueux, le visuel chargé de révélations marque notre rétine pour notre plus grand bonheur. Łukasz Żal, responsable de la cinématographie, avait d’ailleurs reçu des nominations aux Oscars pour son labeur sur les deux précédents films du cinéaste. Son travail se combine avec parcimonie à la mise en scène pour nous offrir ce voyage spirituel à travers l’Allemagne.

La toujours excellente Sandra Hüller crève l’écran dans le rôle de la fille de l’auteur, face à un Hanns Zischler tout aussi nuancé. Le duo livre un maximum d’émotion et rend la scène finale digne d’être citée dans une anthologie.

En conclusion, Fatherland est une véritable pièce de maître comme on en voit très rarement. Il faut remercier l’équipe du FNC de nous l’avoir offert avant sa sortie en salles le 23 octobre prochain.

FATHERLAND | Official Trailer #2 | In Theaters October 23
Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
de chef d'oeuvre rempli d'histoire et de philosophie
de drame familial
5
Note Horreur Québec