Aparté
Veuillez noter que je n’appartiens pas à la secte de celles et ceux qui ont joué aux jeux vidéo. Je n’en connais ni toutes les ficelles ni toutes les références. Cette critique porte donc essentiellement sur l’objet cinématographique, et non sur sa fidélité absolue au matériau d’origine. Merci de baisser vos armes.
L’horreur à portée de colis
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Resident Evil suit Bryan (Austin Abrams), un coursier médical qui se retrouve bien malgré lui entraîné dans une course effrénée et pleine d’action pour sa survie, alors qu’une nuit fatidique et terrifiante bascule dans le chaos autour de lui.
Oui à la contagion financière
Parce que la franchise Resident Evil n’est manifestement pas encore suffisamment essorée aux yeux d’Hollywood, voilà qu’on nous offre un nouvel opus, sombrement intitulé… Resident Evil.
Si l’on se penche sur la courte, mais déjà bien longue, existence cinématographique de la franchise, on retrouve bien sûr les sept films menés par Milla Jovovich, à qui son chirurgien plastique semble avoir interdit de vieillir. Des films cinématographiquement vides, mais devenus, par un heureux hasard, des péchés mignons pour certains amoureux du genre qui les regardent parfois en cachette.
Il faut dire que, malgré l’ouragan de rage et d’insultes qu’ils ont essuyé, les sept films ont tous été rentables au box-office. Même moi, ça me laisse sur le cul. L’exploit n’a toutefois pas été réitéré par Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City. Bien que plus proche de l’univers vidéoludique et dégoulinant de fan service, le film de Johannes Roberts s’est majestueusement vautré, aussi bien sur le plan artistique que financier.
Arrive donc ce nouvel opus, pris dans un étau existentiel entre le gros spectacle bourrin et le fan service appliqué. Il n’y a qu’à voir la campagne marketing, qui a misé sur le réalisateur Zach Cregger, connu pour Barbare et Weapons, comme figure de proue. La production savait sans doute qu’elle s’attaquait à une mission casse-gueule, tant le jeu a traumatisé et marqué, à la bave contagieuse, toute une génération de joueurs.
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Mais que vaut ce Resident Evil?
Si on le compare à ses prédécesseurs, c’est un chef-d’œuvre hors norme. En même temps, la barre n’était pas très haute. Plus sérieusement, le film, coincé entre l’obligation de divertir et la volonté d’imposer la patte de son réalisateur, parvient tout de même à tenir debout.
Avec ses quelque 90 minutes, le long-métrage est compact. Sa trame scénaristique se déroule comme du papier à musique, en s’appuyant surtout sur la logique d’un jeu vidéo : chaque rencontre et chaque indice mènent à une nouvelle situation. La construction est très didactique et ne cherche ni à se montrer inutilement complexe ni à multiplier les références destinées aux seuls fans hardcore.
C’est bien ficelé. La mise en scène glisse quelques clins d’œil discrets au jeu vidéo, notamment à travers certains plans en vue subjective. Le rythme, lui, se maintient assez bien entre les moments de tension et d’action, généreusement gores et sanglants, et les respirations plus légères. Ces dernières sont parfois franchement drôles, mais peuvent aussi se révéler un peu balourdes, voire carrément goofy. Cela dit, c’est aussi le jeu de Cregger : tenter de dynamiser un genre aussi codifié demeure une mission casse-gueule.
Le jeu contre l’esprit du jeu
Reste la question fondamentale : est-ce une bonne adaptation?
Je dirais que ce n’est pas une adaptation au sens propre du terme. En revanche, le film s’inscrit indéniablement dans l’esprit du jeu. Il puise dans plusieurs ressources propres au médium vidéoludique : une narration fondée sur les rencontres, la recherche d’objets et d’indices, ainsi qu’une mission centrale qui doit absolument être menée à terme.
C’est ce qui rend le film si direct dans son approche. Il s’apparente à une partie de jeu vidéo, immersif dès les premières minutes et suffisamment clair pour poser ses bases sans perdre de temps. Puis vient la patte de Zach Cregger, qui donne de la personnalité à l’ensemble grâce à quelques idées de mise en scène bien trouvées. On pense notamment à la séquence où la chanson It’s Raining Men prend littéralement tout son sens, ou encore à ces déplacements de caméra qui épousent les mouvements du personnage et renforcent notre immersion.
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Ce personnage, justement, est l’une des meilleures trouvailles du film. Il nous donne envie de ressentir de l’empathie pour lui, ce qui maximise notre identification. Il n’existe pas dans les jeux : il s’agit d’une création originale du réalisateur, qui a également coscénarisé le film. C’est peut-être la principale raison pour laquelle le long-métrage semble aussi cohérent dans son ensemble. Mais c’est aussi ce qui risque de faire grimacer les fanatiques de la franchise.
Car c’est bien simple : si le film s’appelait autrement que Resident Evil, ce serait un excellent film réalisé par un excellent cinéaste. Or, le long-métrage porte sur ses épaules le poids d’une franchise que les producteurs souhaitent continuer à rentabiliser. La fin en est une preuve assez évidente et, pour ma part, une véritable déception.
On ne réinvente pas des studios hollywoodiens avides de suites et de franchises, prêts à surfer à tout prix sur une « marque » pour remplir leurs poches. Malgré tout, ce Resident Evil prouve quelque chose qui semble être passé relativement inaperçu : les films à budget moyen (même lorsqu’on parle ici de 80 millions de dollars) existent encore et peuvent toujours avoir du sens. À condition, peut-être, de laisser les cinéastes s’en servir pour raconter une histoire plutôt que pour simplement capitaliser sur une marque.
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