Avec un budget record avoisinant les 46 millions de dollars, Hope (VFQ: Espoir) s’annonçait comme le grand retour du cinéma de monstres sud-coréen, s’inscrivant dans la lignée de The Host (2006). Pour son quatrième long-métrage, le redoutable Na Hong-jin (The Wailing, The Chaser) orchestre une œuvre hybride et imprévisible. Loin de se contenter d’un simple spectacle de destruction pyrotechnique, le cinéaste s’amuse à déconstruire les codes du genre pour livrer un thriller rural aussi fascinant que frustrant.

L’art du hors-champ et de l’attente

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Le récit nous plonge dans une bourgade portuaire isolée des années 90, située dangereusement près de la frontière nord-coréenne. Lorsqu'une vache atrocement mutilée est découverte par un groupe de chasseurs mené par Sung-ki (Zo In-sung), la petite communauté bascule dans la paranoïa.

La véritable force du film réside dans sa première heure, une leçon de tension cinématographique. Na Hong-jin retarde l’apparition de la créature au profit d’un impressionnant crescendo macabre. À travers de longs plans-séquences d’une fluidité désarmante, la caméra suit le chef de la police locale, Beom-seok (Hwang Jung-min). Toujours en retard sur l’action, ce dernier ne fait que constater les dégâts — cadavres décapités, bâtiments éventrés, échos de fusillades lointaines. Ce parti pris du hors-champ instaure une terreur viscérale, transformant l’environnement rural en un terrain de chasse où la menace est partout, sauf à l’écran.

La démystification de l’héroïsme

Si le film emprunte au western et au film de survie, c’est pour mieux en saboter les attentes. L’échantillon humain que nous suivons est profondément imparfait. Beom-seok masque son incompétence derrière un complexe d’autorité risible, offrant une dimension humoristique grinçante. Face à lui, Hoyeon (révélée dans Squid Game) vole la vedette dans le rôle de Sung-ae, une adjointe redoutable. Ayant réalisé une grande part de ses propres cascades et maniements d’armes, l’actrice insuffle une énergie brutale au récit.

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Cependant, à mesure que l’intrigue progresse, Na Hong-jin modifie radicalement son regard sur ses protagonistes. Les angles héroïques du début s’effacent. La caméra prend de la distance, exposant la lâcheté, l’avidité et la violence aveugle des habitants. Le réalisateur refuse de nous offrir les archétypes héroïques hollywoodiens traditionnels, transformant ce qui s’annonçait comme une épopée salvatrice en une critique cynique de la nature humaine.

Une conclusion qui s’essouffle

Malgré un rythme soutenu au départ, cette fresque de près de trois heures finit par perdre de son élan. Le choix de maintenir les « créatures » incarnées avec parcimonie par un trio international inattendu composé de Michael Fassbender, Alicia Vikander et Taylor Russell dans le flou narratif s’avère à double tranchant. Leurs apparitions furtives, couplées à des effets visuels qui manquaient encore de finition lors des premières projections, peinent à justifier la longueur du dernier acte.

Still 2 HOPE Courtesy of Elevation Pictures

L’intrigue culmine vers une fin abrupte, qui relève davantage du prologue pour une potentielle franchise que d’une véritable conclusion thématique. Ce choix laissera sans doute une partie du public sur sa faim. Néanmoins, par son audace formelle et sa volonté de malmener le spectateur, Hope demeure une proposition radicale qui mérite d’être vécue sur grand écran.

HOPE | Official Teaser
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Pour les fans...
des thrillers sud-coréens
de The Host (Bong Joon-ho)
des films de monstres qui prennent un malin plaisir à malmener leurs héros.
3.9
Note Horreur Québec