Présenté en clôture de la 55e édition du Festival du nouveau cinéma (FNC), L’Autre, le troisième long-métrage d’Alexandre Franchi, prendra l’affiche le 30 octobre prochain sur nos écrans Québécois. Sur papier, le synopsis laisse présager un lourd drame hospitalier. Pourtant, il n’en est rien. Le cinéaste s’inspire de son propre combat contre la maladie pour livrer un huis clos clinique teinté d’un humour noir salvateur. Pour canaliser ce vécu foisonnant, Franchi a fait appel au réalisateur Simon Lavoie à la coscénarisation. Cette collaboration a permis de structurer habilement le récit sans lui faire perdre son caractère profondément intime, quitte à sacrifier quelques détails de l’expérience originale au profit de l’efficacité dramatique.
![[Critique] « L’Autre » : Humour noir sous le bistouri 1 IMG 3340](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/IMG_3340-750x422.jpg)
Mais pourquoi aborder cette œuvre dans les pages d’Horreur Québec?
S’il y a une raison pour les amateurs de genre de s’y intéresser, c’est l’horreur médicale. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une longue séquence chirurgicale d’un réalisme graphique qui frôle allègrement le gore. Avec ses gros plans sanglants et une conception sonore absolument atroce (dans le meilleur sens du terme), cette ablation d’une tumeur osseuse est d’une violence viscérale qui fera grimacer les spectateurs les plus aguerris. Une brillante façon d’ouvrir le bal.
![[Critique] « L’Autre » : Humour noir sous le bistouri 2 L AUTRE AFFICHE M43 X NOVAR 29x37 lowres](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/L-AUTRE_AFFICHE_M43-X-NOVAR_29x37_lowres-311x450.jpg)
Le récit suit donc Stanislas, ce publicitaire qui, même après cette opération radicale, fait face à un pronostic sombre : haut risque de rejet de la prothèse, infections potentielles, et une espérance de vie possiblement réduite à cinq ans.
Gavé d'analgésiques, son emprise sur la réalité vacille lorsque débarque un voisin de chambre, Darius (Bilel Chegrani), un jeune membre de gang plongé dans le coma à la suite d'une fusillade. Du moins, c'est ce que prétend le personnel. Car lorsque les deux hommes sont seuls, Darius s'éveille pour menacer Stan et ses proches.
Stanislas est-il un narrateur non fiable, victime de la puissante médication, ou le danger est-il bien réel?
Confiné dans cette chambre exiguë, le récit pourrait souffrir de ses limites spatiales, mais la direction photo de Steve Asselin maintient une belle dynamique visuelle, jouant notamment avec les ombres projetées sur le rideau de séparation pour exacerber la paranoïa ambiante. À travers les méandres de cette convalescence, Franchi écorche sauvagement un système de santé surchargé. Médicaments erronés, cathéters arrachés : le séjour de Stan est une succession de petits cauchemars médicaux.
![[Critique] « L’Autre » : Humour noir sous le bistouri 3 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/1-750x422.png)
Le film s’amuse d’ailleurs de notre inaptitude collective à interagir avec les malades, illustrée par ce gag récurrent et grinçant où l’entourage insiste pour lui faire lire un ouvrage réducteur et condescendant sur « la pensée positive face au cancer ». La dynamique familiale, notamment la relation complexe qu’entretient Stan avec son père (le regretté Marc Messier), est également abordée avec un second degré très appréciable qui désamorce la tragédie.
Au centre de ce délire clinique, Pierre-Yves Cardinal crève l’écran. Bien qu’il soit relégué à un lit pendant toute la durée du film, le rendant par défaut réactif, l’acteur réussit à transmettre avec brio l’agonie charnelle, la rage, le désespoir et la perte d’autonomie d’un homme qui voit son avenir s’effondrer.
![[Critique] « L’Autre » : Humour noir sous le bistouri 4 5](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/5-750x422.png)
En fin de compte, L’Autre réussit l’ironie de faire de l’hôpital l’endroit le moins sécuritaire qui soit pour son protagoniste. Sans être un film d’épouvante traditionnel, le cinéaste signe une œuvre grotesque, tendre et frénétique sur notre rapport à la mortalité, qui risque fort d’éveiller de mauvais souvenirs, voire d’être un brin déclencheur, chez quiconque a déjà subi les affres et le chaos de notre cher système de santé public.

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