L’adage « jamais deux sans trois » n’a jamais aussi bien pris son sens chez Warner. Depuis la reprise en main de l’univers DC par James Gunn, la maison marche sur une pente dangereusement glissante : après la réussite très modérée de Superman et l’échec extrêmement coûteux de Supergirl, voici un troisième opus qui a pris tout le monde de court. Tant par le personnage mis en vedette que par le genre cinématographique qu’il embrasse, Clayface (VF: Gueule d’Argile) offrait une promesse que Warner semblait pourtant trahir à chaque occasion ces derniers temps.

Alors, que vaut ce nouvel opus signé James Watkins? Qu’offre-t-il de nouveau? Arrive-t-il à laver l’affront de Supergirl? Et surtout : m’a-t-il convaincu de changer de visage?

w1500 57283462

Une histoire malléable

w1500 57820904
L’ascension fulgurante de Matt Hagen, d’enfant des rues de Gotham à vedette hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsque les agissements d’un parrain de la pègre locale le laissent horriblement défiguré. Abandonné par son équipe et n’ayant plus rien, Matt cherche un traitement de pointe capable de lui rendre son apparence d’antan. Mais ce traitement altère de manière inattendue son emprise sur la réalité et l’entraîne dans une spirale destructrice de vengeance dévorante.

Pâte à modeler et vendetta

Si je me laisse aller à une analogie gastronomique, je dirais que le film est une alternance de bouchées fades et délicieuses. Il me laisse perplexe, tant ses forces sont aussi ses faiblesses, et inversement.

Le film tangue constamment entre deux directions. D’un côté, il cherche à iconiser son personnage à la manière de Joker (2019) : les enjeux moraux, la transformation de l’attitude de Matt, ses interactions avec les autres personnages et l’environnement, ainsi que sa quête de vengeance. De l’autre, il plonge dans un body horror viscéral, façon The Substance, notamment dans sa manière d’aborder le rapport au corps et les métamorphoses impulsives.

Sur le papier, ce cocktail semble cocher toutes les cases. Sauf que le mélange demeure fragile, parfois hasardeux, et me laisse honnêtement perplexe. Le film ne semble pas vouloir prendre une direction claire ni faire de choix vraiment audacieux. Ce n’est pas mauvais en soi, mais ce n’est pas non plus un parti pris.

Ce style s’impose à travers un montage qui, comme le plat évoqué plus tôt, est à la fois percutant et bordélique. Il est inventif dans sa manière de dépeindre et de cadrer le personnage, mais cruellement plat lorsqu’il s’agit de créer un lien fort entre les différentes séquences.

C’est de l’elevated horror qui rase les murs, pris en étau entre, je suppose, les ambitions de l’équipe créative et les impératifs financiers de ce pari. L’approche se veut très réaliste, avec quelques séquences intéressantes qui prennent le spectateur à revers et défient sa sensibilité. Le tout est enveloppé dans des effets spéciaux qui tiennent la route, mais les enjeux, maintes fois revus et déjà bien connus, me semblent tomber à plat.

w1500 57741685

À visage découvert

Ce pari me semble pourtant presque réussi. Le film arrive à pousser le spectateur à s’interroger sur le vrai et le faux, tout en alignant des répliques souvent aseptisées, mais qui veulent toujours souligner ses thématiques : la nature humaine, la vengeance, le rapport au corps et notre rapport aux autres. C’est même agréable de revoir ce genre de sujets dans un film de superhéros, plutôt que l’automatisme et la vacuité de tant de blockbusters actuels.

Clayface me rappelle beaucoup Spawn : des enjeux et des thématiques réellement complexes, coincés dans une œuvre trop frêle pour supporter tout ce poids.

w1500 57231921

Je pense que ce type de personnage montre allègrement les limites du système de production actuel. Les adaptations DC Comics sont devenues des dommages collatéraux coûteux, Suicide Squad, Black Adam, Joker : Folie à deux… L’enjeu ici est super intéressant, mais super casse-gueule. Comment amener le spectateur à s’identifier à un « salaud »? Pourquoi devrait-on s’identifier à lui dès le départ? Que deviennent nos repères moraux? Et tout cela, dans un petit film de 40 millions de dollars quand même.

Clayface a au moins le mérite de tenter quelque chose : une approche plus terre-à-terre de l’univers héroïque, qui préfère la chair, la rage et la monstruosité à la simple mise en scène de pouvoirs.

En salle, dès le 23 octobre.

Clayface | Final Trailer
w1500 57368664 e1792713611149
Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
Adaptez davantage de comics avec ces ambitions et ce type de budget svp, faut arrêter avec l’automatisme des blockbusters à 200 millions.
3.1
Note Horreur Québec