Quelle soirée ce fut! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec ce programme double (et même triple!) de la vingt-cinquième édition de SPASM, le public en a drôlement eu pour son argent! Les films de qualité étaient si nombreux que je ne me concentrerai que sur mes coups de cœur. Cela dit, à peu près tous les films valent un visionnement.

En partant, je ferai preuve de transparence : j’avais deux films en sélection trash (j’ai écrit le scénario de Noël vert et j’ai coréalisé et écrit La balafrée); je ne parlerai donc pas davantage de ces films et laisserai d’autres critiques le faire ultérieurement. Inutile de dire que j’étais extrêmement fébrile et que ça m’a pris bien des efforts de concentration pour garder l’esprit critique requis pour un compte rendu de cette soirée!

261023 LesInclassables SPASM

C’est donc devant un public bien averti et une salle qui se remplissait progressivement que le show a commencé par la sélection Les inclassables.


Et ça a starté raide avec le film australien The worm de Tom Noakes.
Sujet : un jeune homme qui croit qu’un ver dans son jardin lui communique par télépathie des idées noires est confronté en thérapie familiale impromptue. Réalisée de main de maître, cette comédie noire délirante est servie par une excellente distribution.

DIU poster

Autre petit bijou de la soirée, le film DIU de la Brésilienne Camila Schincaglia mélange habilement gastronomie, avortement et… érotisme. Maniant à merveille l’art de maintenir la tension jusqu’au malaise, la cinéaste fait reposer le film sur l’actrice Bella Camero, sublime dans le rôle badass d’une séductrice à la franchise crue qui vient de subir un avortement. Dans la même lignée que Revenge et The Substance de Coralie Fargeat, le film développe un propos féministe dans l’écrin d’un cinéma de genre follement divertissant.

Pour clore cette sélection de vues inclassables, nous avons eu droit à Fiction du Français Ambroise Rateau, une comédie de métacinéma assaisonnée de gore qui fait penser aux films conceptuels de Quentin Dupieux. Un acteur vétéran (Philippe Rebbot) se rend sur un étrange plateau de tournage où la fiction et la réalité se confondent… Sans aucun temps mort, le film joue sur différents plans de réalité filmique d’une manière virtuose.


Vint ensuite le plat de résistance de la soirée, le Cabaret trash, devant une salle pleine à craquer. De cette sélection particulièrement corsée se démarque le très court film d’animation La fois où mon ami Charles a serré la main à Oliver Stone de Marc-André Morrissette. D’une manière toute simple et très belle, le film nous présente le concept des six degrés de séparation avec comme point de départ, une anecdote particulièrement banale. Brillant!

261023 Trash
Spiral poster SMALL

On arrive maintenant aux choses sérieuses, c’est-à-dire le trash répulsif et bien malaisant. Un bon exemple de ce genre est le film Spiral de Henry Bock et Nick Tiffany.
Un jeune homme fait la rencontre du frère de son amoureuse, et découvre que celui-ci a un pénis serpentin de plus d’un mètre de long, ce qui contrecarre ses plans d’avenir avec sa dulcinée. Si cette prémisse ne vous convainc pas d’avance, je ne sais vraiment pas ce que je peux rajouter de plus, mis à part que «la longueur» fait parfois une différence.

Fidèle à une certaine tradition du Cabaret trash, l’animateur Jarrett Mann a offert une tournée de joints (oh yeah!) à toute l’assistance pour l’entracte. Je suis donc sorti pour puffer avec quelques amis et j’ai pu m’acquitter de ma tâche de critique cinéma dans un état d’euphorie propice à l’appréciation des derniers films.

Poster HowToMakeAPizzaOnHypnosis

Fred Lavigne est venu nous présenter une vue tout à fait de circonstance : How to : Make A Pizza On Hypnosis.
 Le titre dit tout : nous avons littéralement assisté à ce qui ressemble à une vidéo VHS éducative sur l’art de fabriquer une pizza sous hypnose (mais ça se peut qu’il y ait des poils dans la pizza au réveil…) Du WTF (ouate de phoque!) qui touche au sublime! J’ai parlé avec Fred et il m’a dit que pour une fois, il s’est concentré sur UNE idée pour faire son film, et non huit ou neuf…
Mission accomplie, j’ai juste envie de me masser les mamelons avec de la sauce tomate.

Par la suite, on a eu droit au fabuleux film d’animation Klonter du Belge Levi Stoops. Une fable écologique et humaniste drôlement déjantée où un homme à l’article de la mort imagine son corps devenir une planète où nait des individus par son nombril. Un sommet d’imagination d’une étonnante profondeur!

Pour le reste, désolé pour le manque de rigueur journalistique, mais il m’en manque quelques bouts, alors je vous ai dressé une petite liste en vrac de trucs auquelles j’ai pu assister : 

– Venu de Chicago, Zahm Waters a eu la délicatesse de s’excuser au nom des USA et nous a présenté (Just) Balloons, un film de ballounes drôlement suggestif;

– Un autre film de pizza (décidément, un sujet qui inspire les cinéastes trash) Tasty Encounters, du cinéaste autrichien Luke Röber. Du dégueux bien tomaté avec des livreurs de pizza venu d’un autre monde;

– Enfin, lorsqu’on pensait que c’était fini, Jarrett nous a offert en bonus son top 5 des meilleurs films des éditions précédentes du Cabaret, dont un film de sabots fabriqués avec des étrons cuits (Crottes de Carnior), puis l’histoire édifiante d’un homme qui a appris à vivre avec son handicap de couilles descendantes (désolé, je n’ai pas le titre) et au final, le chef-d’œuvre d’animation Birds Whose Legs Break Off de Dirk Verschure.

Que dire de plus sinon que cette soirée fut jouissive au possible, prouvant que les trésors d’imagination se trouvent parfois dans ce qui n’entre dans aucune case préétablie ou dans l’objet d’une profonde répugnance.

Merci à SPASM pour cette mémorable soirée! 

(Rappelons que les films du festival sont également disponibles pour visionnement en ligne via la plateforme de SPASM).

Envie d’en savoir plus sur les coulisses de cette 25e édition mémorable?

Plongez dans l’esprit du cofondateur du festival en lisant notre entrevue exclusive. Jarrett Mann nous y parle de ses 25 ans de passion pour le cinéma insolite, de l’évolution de SPASM et d’une bonne dose de sang frais, juste ici.