À quelques jours du lancement de la 25e édition de SPASM, pour le bienfait des lecteurs d’Horreur Québec, j’ai osé voler 30 minutes dans l’horaire surchargé de Jarrett Mann, organisateur principal et animateur du festival de courts métrages insolites SPASM de Montréal.
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 1 SPASM 2026 1920X1080](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/SPASM-2026_1920X1080-750x422.jpg)
Horreur Québec : Dis-moi Jarrett, comment est-ce que ça a commencé, le festival SPASM?
Jarrett Mann : C’est parti d’un party d’Halloween, à la base. J’organisais un party d’Halloween tous les ans, depuis 1998. Je venais de déménager à Montréal et j’organisais ça avec mon cousin. Ça a pris de l’ampleur à tous les ans. [On] l’a [d’abord] fait dans un petit loft à 80 personnes et quatre ans après, on était 500 personnes au Musée Juste pour rire! (Rire). Je ne voulais pas faire ça.
J’ai étudié en cinéma et c’était [faire du] cinéma qui me passionnait. Mais en même temps, à l’Université de Montréal, c’était assez pointu : c’était le cinéma d’auteur avec un grand A. Un peu en réaction à ça, on a pris le party d’Halloween et on l’a transformé en festival SPASM, qui était [à l’époque] une soirée de courts métrages d’horreur uniquement du Québec. Et ça a pogné au boute! C’était en 2002.
L’année d’après, on est allé faire un tour au festival Vitesse Lumière à Québec : on a découvert qu’au Québec, il y avait aussi du monde qui faisait de la science-fiction et du fantastique. Et on a ajouté [ces genres] à notre festival, qui a grossi. Et à partir de ce moment-là, c’était parti. On est devenu un festival [dont l’objectif est de] soutenir le cinéma de genre québécois et d’amener un peu de diversité et de liberté dans notre cinéma. De le décoincer!
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 2 2002 equipe originale](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/2002-equipe-originale-750x418.jpg)
Horreur Québec : Tu en as parlé un peu pour les premières années, mais est-ce que l’orientation du festival a évolué en 25 ans?
Jarrett Mann : Absolument! La toute première année, […] on appelait ça un festival de courts métrages «amateurs»… Évidemment, on est complètement ailleurs 25 ans plus tard. En fait, on s’est toujours adapté [aux films] qu’on recevait. On a commencé par l’horreur, puis on s’est ouvert à la science-fiction et au fantastique. Ensuite, on a commencé à nous envoyer des films de combats; on s’est ouvert à l’action. On avait [aussi] des films super trash…
Comme ils ne fitaient pas ailleurs, on a créé le Cabaret trash. Il y avait aussi des bons films qui n’entraient pas dans des cases spécifiques; on a créé Les inclassables. On a toujours évolué comme ça. Mais le plus gros changement est venu autour de la dixième édition, où on s’est ouvert à la francophonie, puis à l’international. Avant, on était 100% québécois. Le cœur du festival est toujours de soutenir les films d’ici, mais le paysage du court métrage avait changé : il était maintenant possible de voir des courts de partout dans le monde sur YouTube, Vimeo,… Donc, pour donner une raison aux gens de se déplacer […] au festival, on a décidé de présenter le best of the best des courts métrages de genre de l’international et du Québec. […] La qualité de la programmation a alors monté de façon exponentielle. [..]
Si on compare ce qu’on programme aujourd’hui avec la première édition du festival, ça a rien à voir!
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 3 SPASM 2004](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/SPASM-2004-683x450.jpg)
Horreur Québec : Par exemple, cette année pour la 25e édition, combien de films vous ont été soumis?
Jarrett Mann : On a reçu plus de 700 courts métrages! Et on en sélectionne environ 70, ce qui fait que tu en regardes 10 pour en prendre 1. C’est beaucoup de temps, et il y a des films qui sont plus longs qu’avant aussi… Ça, c’est une autre tendance. Des courts métrages de 20 minutes et plus, ce n’était pas la norme au début [du festival] du tout… Tout ça pour dire que le processus de sélection est beaucoup plus ardu maintenant.
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 4 JarrettMann devant foule CrA©dit Audrey Loiselle](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/JarrettMann-devant-foule_CrA©dit-Audrey-Loiselle-674x450.jpg)
Horreur Québec : Au regard de ces 25 ans d’existence de SPASM, ce serait quoi ta plus grande fierté?
Jarrett Mann : Ouf! La première chose [qui me vient en tête], c’est qu’on soit encore là. Ça, c’est définitivement une grande fierté. J’ai vu plus de festivals et d’événements de toutes sortes naître et disparaître que d’être créés et de continuer à exister encore à ce jour. Et je les comprends. Ça ne veut pas nécessairement dire qu’ils faisaient mal leur travail, mais les gens passent à autre chose, les gens s’épuisent… Nous au début, on était 4 dans SPASM. Le premier est parti après la 4e édition, le deuxième après la 10e, le troisième après la 15e et moi, je suis le dernier fou qui est encore là… Donc, qui sait quand moi je vais arrêter… Que ça continue, que les salles soient encore pleines, qu’on nous écoute en ligne, et qu’on ait réussi à s’adapter, à évoluer avec le temps[…], je pense que c’est tout un exploit pour un événement indépendant comme ça.
Horreur Québec : Et est-ce qu’il y a eu des moments plus difficiles où tu as remis en question le fait de continuer le festival?
Jarrett Mann : (Rire). À tous les ans je me demande si c’est la dernière… À la fin de la cinquième édition, on pensait vraiment que c’était la dernière. [Les organisateurs], on se disait quasiment nos adieux backstage. C’était difficile financièrement de faire ça à temps plein, d’essayer de faire grandir le festival… Aussi, on a reçu des refus de subvention difficiles. […] Entre autres [que les institutions refusent] de nous reconnaître [officiellement] comme un festival de films, ça a été très dur à prendre. [À l’époque], ça m’a tellement insulté et frustré que j’ai complètement abandonné toute tentative d’obtenir des subventions par la suite. C’est un miracle qu’on soit encore là! Mais peut-être qu’il aurait fallu que je persévère comme d’autres et que je les «harcèle», et peut-être qu’après un certain nombre d’années, on nous aurait donné un petit morceau du gâteau…
[Bref], nous, on a zéro subvention, on n’en a jamais eue.
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 5 SoireeHorreur Growlers Credit Camille Gladu Drouin 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/SoireeHorreur_Growlers_Credit-Camille_Gladu-Drouin-1-675x450.jpg)
Horreur Québec : As-tu l’impression qu’auprès des organismes de financement public de longs métrages la perception du cinéma de genre a évoluée au fil des ans?
Jarrett Mann : Non. C’est surtout de courts cycles qui arrivent et qui passent. En 25 ans, j’ai été à même de le constater. Quand le festival a commencé, il y a eu Sur le seuil d’Éric Tessier, un des rares films d’horreur québécois qui est sorti, ensuite Nitro, puis une couple d’autres… Et là, on se disait, le Québec fait du cinéma de genre, on était excités, puis peu de temps après, c’est disparu. Quelques années plus tard, il y a eu Les affamés!
On s’excitait encore : le cinéma de genre au Québec est reparti… Ça a retombé encore.
Puis là, il y a deux ans, c’était Vampire humaniste cherche suicidaire consentant… Même chose : t’as un petit buzz, on en parle un peu et ça retombe. Ce sont de petits soubresauts. Je connais beaucoup de gens qui font des films et c’est extrêmement difficile d’obtenir du financement auprès des institutions. Mais aussi, j’ai une théorie : je pense […] que ce sont aussi les créateurs qui ne déposent pas [aux organismes publics] les projets de cinéma de genre en supposant qu’ils ne seront pas financés pour ce type de cinéma. Il y a une espèce d’autocensure. L’innovation puis l’audace, je pense qu’elle est plus dans le court métrage. Ça fait très longtemps que je le dis.
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 6 PartyHalloweenOldSchool credit Simon Laroche](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/PartyHalloweenOldSchool_credit-Simon_Laroche-675x450.jpg)
Horreur Québec : Pour la vingt-cinquième édition de SPASM, qu’est-ce qu’il ne faut absolument pas manquer?
![[SPASM 2026] « Entrevue avec Jarrett Mann » : 25 ans de cinéma insolite et de sang frais 7 SPASM 24x36 small tiny](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/10/SPASM-24x36-small-tiny-300x450.jpg)
Jarrett Mann : Mon dieu! Tellement de choses! Je suggère d’abord les deux programmes d’horreur (Grande soirée horreur et Horreur paranormal), qui sont toujours un must. Les deux perles cachées sont le programme Animation déjantée et celui de Thriller.
Le programme d’animation est tellement débile… Il est fou raide! C’est pas des p’tits bonhommes, c’est deep et intense. […] D’expérience, le terme « animation », c’est un turn-off, même chose pour « science-fiction » (on a d’ailleurs renommé notre programme de sci-fi « Miroir noir », qui est plus vendeur…) mais ne manquez pas ça!
Pour le programme Thriller, j’adore vraiment tous les films, entre autres, le film québécois La brèche, qui maintient une belle tension jusqu’à la fin. Quand on programme en fonction de la qualité de ce qu’on reçoit, et que certains films n’entrent pas nécessairement dans les programmes existants, on crée de nouveaux programmes, comme c’est le cas avec Thriller et Animation déjantée.
Horreur Québec : En terminant, as-tu un plan pour les 25 prochaines années de SPASM?
Jarrett Mann : Je n’ai pas de plan! Je ne suis pas en train de dire que le festival est sur le bord de disparaître le 1er novembre, mais il y aura sûrement une évolution ou des changements… Je sais vraiment pas ce qui s’en vient après! C’est l’étrangeté de SPASM, ça : un des festivals qui dure le plus longtemps, mais qui est constamment dans l’incertitude!
Sur ce, longue vie au festival SPASM!
Le festival SPASM a lieu du 21 au 31 octobre à Montréal. Pour ceux qui ne pourront obtenir de billets, les différents programmes du festival seront disponibles en ligne en pay per view, aux mêmes moments où les événements seront présentés et pour une durée limitée.


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