Au milieu des années 2000, l’émission To Catch a Predator redéfinissait les bas-fonds de la téléréalité sous couvert de journalisme d’investigation. Diffusé sur NBC, le concept tenait de la pêche au filet : des justiciers autoproclamés se faisaient passer pour des mineurs sur des forums afin d’attirer des prédateurs sexuels dans une maison truffée de caméras. L’animateur Chris Hansen surgissait alors pour humilier la cible en direct, juste avant son arrestation par les forces de l’ordre. Le public applaudissait ce tribunal cathodique expéditif.

PRIMETIME Poster ENG 1080x1600

Vingt ans plus tard, le réalisateur Lance Oppenheim s’empare de ce phénomène pour son premier long-métrage de fiction, Primetime (VFQ: En direct). Plutôt que de livrer un récit documentaire sage, il propose une satire médiatique horrifique qui interroge la nature même du mal.

Le parallèle entre l’émission originale et le film est évident, mais Oppenheim déplace la focale. Là où To Catch a Predator prétendait traquer des monstres, Primetime (En direct) montre comment la machine télévisuelle fabrique les siens. Oppenheim transforme l’histoire en un cauchemar néo-gothique assumé.

L’obsession pour les cotes d’écoute: l’objectif étant de battre la série Lost sur une case horaire compétitive, écrase toute considération éthique.

La justice n’est plus qu’un prétexte au sensationnalisme.

Dans le rôle de Chris Hansen, Robert Pattinson livre une performance d’une froideur glaçante. L’acteur, qui officie également comme producteur sur ce projet, étonne une fois de plus. Depuis quelques années, ses choix de scénarios témoignent d’un flair indéniable pour les rôles complexes, affirmant son statut de talent incontournable à suivre. Son Hansen est un vide éthique absolu, un sociopathe rongé par l’ambition qui se convainc d’être un superhéros. Face à lui, Merritt Wever incarne avec justesse une productrice cynique, tandis que Skyler Gisondo brille dans le rôle de Dan, un jeune acteur embauché comme appât. La trajectoire de ce dernier constitue le véritable cœur moral du film : la perte progressive de son humanité en échange d’une simple carte syndicale d’acteur.

Visuellement, le film est un tour de force. La direction artistique est impeccable. Oppenheim et le directeur de la photographie David Bolen recréent avec une précision chirurgicale l’esthétique poisseuse de la télévision du début du millénaire. Le format d’image carré, la définition tremblante, l’utilisation de caméras cachées et les couleurs saturées qui bavent comme sur une cassette VHS usée : tout concourt à installer un profond malaise. L’image elle-même semble corrompue, traduisant physiquement la pourriture morale des protagonistes.

PRIMETIME5 Robert Pattinson credit Entract Films

Pourtant, au niveau du scénario, il manque un petit quelque chose pour que l’envol soit complet. En choisissant d’exagérer le trait jusqu’à la caricature grand-guignolesque, le script effleure des thématiques riches sans les creuser. L’intrigue secondaire sur les infidélités conjugales d’Hansen s’intègre mal au récit et s’apparente à une fausse équivalence morale. De plus, le film esquive en grande partie l’introspection sur la complicité du public américain, qui consommait et réclamait cette télévision déshumanisante.

Primetime (En direct) demeure néanmoins une œuvre brutale signé A24, portée par des performances magistrales et une esthétique redoutable. Si la fable trébuche légèrement sous le poids de ses propres ambitions satiriques, elle réussit son pari principal : démontrer qu’en télévision, le prédateur le plus dangereux est souvent celui qui tient le micro.

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Note Horreur Québec