Une petite fille, dont le père pêcheur ne cesse de partir au large, doit bientôt composer avec la mort mystérieuse de sa mère et une série de cauchemars. Mais lorsque des enfants commencent à disparaître dans le village portuaire où elle habite, la fillette comprend enfin le lien entre ses rêves et les horreurs qui se trament autour d’elle.
C’est tout un cadeau que nous offrait l’équipe de Fantasia en nous présentant ce long-métrage très peu connu en Amérique, avec une restauration 4K resplendissante. Disons-le d’entrée de jeu, ce drame d’horreur du réalisateur Robert Sigl sorti en 1989 est un pur miracle filmique. Scénarisé par Sigl lui-même, Laurin est une sorte de conte macabre à mi-chemin entre le Suspiria d’Argento et le The Company of Wolves de Jordan. L’ensemble ressemble à une reprise d’un conte des frères Grimm, où s’entremêlent une poésie gothique et un percutant regard sur le patriarcat ambiant au dix-neuvième siècle. Malgré ses nombreux élans oniriques, l’intrigue propose un regard lucide sur l’éveil au monde adulte, l’importance de l’amitié et sur la découverte de la vérité.
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La réalisation de Sigl est pointilleuse et se plie à un traitement visuel des plus recherchés. Chacun des plans de Laurin est une composition digne d’un musée. Il faut dire que le cinéaste sait très bien utiliser la cinématographie splendide de Nyika Jancsó pour nourrir son propos. Proposant parfois de basculer vers l’esthétique du giallo, la facture du film fréquente également certains films d’horreur gothiques de Mario Bava ou même de la Hammer.
Le recoupement des plans engendrant un véritable champ lexical du regard compense amplement les grands silences de Laurin, qui se veut une héroïne de peu de mots. Qu’elle le fasse à travers sa lunette d’approche, les lunettes de son ami ou ses propres yeux inquisiteurs, la fillette observe et comprend ce que les autres ignorent. Elle saisira avant tout le monde qui est l’ogre semant la mort autour d’elle.
À tous les niveaux, la distribution est parfaite, mais la prestation de la jeune Dóra Szinetár est éblouissante.

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