Quel est votre prix? Combien coûte votre liberté? Jusqu’où iriez-vous pour ne pas obéir?

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Le capitalisme contemporain a cette manière très polie de nous rappeler que la liberté a rarement un goût gratuit. Dans God Skin, le dernier film du Thaïlandais Paween Purijitpanya, cette idée devient littérale : pour sauver sa mère mourante, Marwin, livreur à Bangkok, accepte de se jeter dans un circuit clandestin de combats où des tatouages expérimentaux confèrent des pouvoirs surnaturels au prix de la chair, du sang et, à terme, de l’âme.

Sur le papier, l’idée est excellente. Mêler moyen de survie économique, spectacle de combat, mythe du corps augmenté et fantasme techno-fantastique, c’est presque cocher tout ce qu’il faut pour fabriquer un film de genre à la fois ludique et nerveux. Le problème, c’est que God Skin semble constamment vouloir faire beaucoup de choses à la fois, sans toujours savoir comment les faire tenir ensemble. À force de surcharger son récit, le film finit par donner l’impression d’un grand assemblage d’idées séduisantes mais mal soudées.

L’oeil du tigre…de celui d’autres animaux

Il y a pourtant, au fond du film, un vrai potentiel. Le principe d’un livreur précaire propulsé dans un système de combats souterrains où la violence devient monnaie d’échange dit quelque chose de très juste sur notre époque : on ne gagne jamais complètement contre le système, on négocie seulement sa place à l’intérieur. Ici, le slogan griffonné sur un mur “Win or obey” résume mieux le film que beaucoup de ses dialogues. Gagner, dans God Skin, ce n’est pas triompher : c’est différer sa propre soumission.

Mais le film semble parfois oublier la puissance de cette idée. Au lieu de laisser ses tensions sociales et morales irriguer naturellement son récit, il les empile par touches, comme si chaque nouvelle piste dramatique devait absolument surgir avant que la précédente n’ait fini d’exister. Résultat : certaines thématiques apparaissent au moment où le film ne sait plus trop comment avancer, ce qui donne une sensation de récit bouchonné, presque brouillon.

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Quand tu crois être Bruce Lee, mais qu’en vérité t’es Brouce Lit

Des combats et des coups

Le plus frustrant, c’est évidemment l’action. Dans un film de ce type, les combats devraient être le cœur battant du dispositif : ils doivent faire mal, raconter quelque chose du personnage, et justifier l’excès du dispositif fantastique. Ici, ils manquent souvent d’impact. On sent parfois l’héritage d’un cinéma d’action thaïlandais très physique, très percussif, mais la mise en scène ne parvient pas toujours à en retrouver la lisibilité ni la brutalité.

Et c’est dommage, parce qu’on pense forcément à Ong-Bak ou à The Raid non pas pour comparer gratuitement, mais parce que ces films ont fixé un standard très clair : quand un film vend le corps comme spectacle, il faut que chaque coup soit lisible, senti, presque souffert par le spectateur. God Skin, lui, semble trop souvent filmer ses séquences comme des morceaux d’énergie plaqués les uns à côté des autres. On regarde, mais on ne reçoit pas le choc.

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Quand tu veux sortir du métro à l’heure de pointe

Le spectacle, mais sans l’ampleur

L’autre pari du film, c’est son mélange entre mouvement de genre, fantastique, technologie et imaginaire cyberpunk. L’idée de fusionner les tatouages sacrés, l’intelligence artificielle et les nanotechnologies est franchement pertinente. On pourrait même y voir une belle métaphore du sport transformé en industrie, puis en laboratoire, puis en arène de classe sociale.

Mais là encore, l’exécution limite l’ambition. Les VFX ont souvent un rendu trop pauvre pour faire vraiment basculer le film dans un monde crédible ou fascinant. Au lieu d’agrandir l’univers, ils en soulignent les coutures. Et quand on veut vendre un univers de combat futuriste, l’image doit faire plus que “servir l’idée” : elle doit lui donner du poids, de la texture, de la tentation.

Le Thai de tout les danger

Ce qui aurait pu faire la vraie singularité du film, c’est son atmosphère. Il y avait là un terrain formidable : Bangkok, sa moiteur, ses néons, sa corruption diffuse, ses rapports de force souterrains, cette impression que tout le monde vend quelque chose ou trahit quelqu’un. Le cinéma de genre thaïlandais a souvent su tirer une force immense de cet environnement, de cette ville qui semble transpirer la violence sociale autant que l’énergie vitale.

Or God Skin exploite cet arrière-plan de manière trop intermittente. Le décor est là, les signes sont là, mais le film ne semble pas assez s’y abandonner. Comme s’il avait peur de trop ralentir, ou peur de trop laisser respirer son monde. Pourtant, c’est précisément dans ces respirations-là qu’un film de genre devient mémorable.

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Ce que tu crois être après une séance de sport

Uppercut de justesse

Je ne veux pas non plus faire de God Skin un simple ratage. Il y a des éclats, des idées, des détails qui accrochent. Les tags, les inscriptions, les répliques qui parsèment le film donnent parfois l’impression d’un sous-texte plus solide que son récit principal. Le “Win or obey” du vestiaire est une très belle formule, parce qu’elle condense à elle seule le tragique du film : on ne se bat pas seulement pour vaincre, mais pour ne pas être réduit à l’état d’obéissance.

Et puis il y a cette ligne, très juste, lancée par le manager : “What the hell in this world is right?”. C’est une phrase qui résume bien l’horizon moral du film, et plus largement celui de son univers : ici, le bien n’est jamais une donnée claire, seulement une position de survie.

Le dernier round

God Skin a l’ambition d’un film qui veut fusionner le combat, le mythe, la critique sociale et le techno-thriller. Sur le principe, c’est excitant. Dans les faits, c’est plus confus que galvanisant. Le film a de bonnes intuitions, parfois même de très bonnes, mais il les traite avec une maladresse qui finit par émousser sa force.

Ce n’est donc ni un vrai désastre, ni l’uppercut qu’il aurait pu être. C’est plutôt un film qui donne souvent envie d’aimer ce qu’il raconte, mais rarement celui de se laisser emporter par la manière dont il le raconte. Et c’est peut-être là sa plus grande frustration : God Skin veut parler de domination, d’argent, de corps instrumentalisés et de liberté piégée, mais à force de vouloir tout dire, il oublie parfois de vraiment frapper.

Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
Donc Futur avait raison quand il disait "chase a check never chase bitch"?
2.3
Note Horreur Québec