Après avoir levé le voile sur la réalité sans le savoir, Ricky (David Brown: The Rainbow Bridge, Jury Duty) et son colocataire Tepper (Chase Williamson: The Guest, John Dies at the End) voient six hommes lécher sensuellement la chaussée d'une rue déserte de Los Angeles. Alors que le temps s'étire et se déforme à la suite de cette rencontre, les relations de Ricky, y compris celle avec la cinéphile Aura (Suzanna Son: Red Rocket, Fear Street: Prom Queen), commencent à prendre de nouvelles dimensions surprenantes. 
Les souvenirs se transforment en mensonges et en trous de mémoire ; la réalité devient malléable et floue alors que le continuum spatio-temporel se rompt. Ricky se retrouve à la merci de « la chose jaune », une entité capable d'enfiler les gens comme des costumes.
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Un cauchemar au goût du jour

Harrison Atkins (Lace Crater) a assuré la scénarisation, la réalisation, le tournage et le montage de son deuxième long métrage: Sour Minnows. L’auteur y saisit un sentiment étouffant, presque indescriptible, qui se fait de plus en plus pesant à mesure que notre avenir devient incertain. À travers une prémisse de body snatching qui rappelle celle d’It Follows, les personnages sont poursuivis par une menace qui se veut encore plus nébuleuse et incorporelle.

C’est un sentiment récurrent dans un monde post-pandémique où des générations entières ont vu le rêve américain se transformer en cauchemar collectif : un monde peuplé d’offres d’emploi générées par l’IA, d’actualités produites par des algorithmes, d’une hypervigilance au cœur d’un quotidien sous haute surveillance, d’une capacité d’attention en déclin et d’un isolement involontaire. Plutôt que de refouler ce mal-être, Sour Minnows trouve un certain réconfort dans l’incertitude. Alors que ses protagonistes tentent de comprendre la dérive sans but imposée par un être étrange, instable et évasif, Atkins n’hésite pas à poser la question « pourquoi moi? », tout en sachant pertinemment que cela pourrait arriver à n’importe qui.

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Un vertige à la Lynch, sur un canapé moite

Malgré la lourdeur et la complexité de ses thèmes, Sour Minnows aborde cette ambiance d’apocalypse avec une certaine légèreté.
Harrison Atkins détourne les codes du hangout movie (ces films où l’on passe simplement du temps avec les personnages) pour y glisser, sous la noirceur ambiante, un humour aussi mélancolique que décalé. Fort de l’expérience de son premier long métrage, le réalisateur dresse des portraits si authentiques que l’on se croirait assis à côté d’eux sur un vieux canapé usé, à discuter de tout et de rien. Au final, ce sont ces simples moments de connexion humaine qui tissent le véritable fil conducteur du récit et lui donnent toute sa profondeur émotionnelle.

Lace Crater (Trailer)

Thriller psychologique à combustion lente, le film installe son étrangeté avec une redoutable subtilité. Ce malaise constant est exacerbé par le parti pris naturaliste de la direction photographique : un éclairage brut, une caméra intrusive qui capte l’intimité de visages sans fard, le tout évoluant dans des quartiers interlopes (à mille lieues du Los Angeles glamour et de ses habitants lisses). C’est précisément ce cadre hyper-réaliste qui permet au surnaturel de s’immiscer aussi insidieusement.

S’appuyant sur des cadrages oppressants et un montage paranoïaque, Sour Minnows opère un virage cauchemardesque digne de Mulholland Drive. Mais derrière l’angoisse cosmique, le film se faufile dans notre esprit pour livrer, avec une immense tendresse, un vibrant plaidoyer en faveur de la vulnérabilité et de l’authenticité des liens humains.

Informations de projection : Sour Minnows a été présenté en première mondiale à Fantasia ce vendredi 24 juillet à 18 h 45 au Cinéma du Musée, pour ceux qui l’ont manqué, un autre visionnement est prévu le mercredi 29 juillet à 13 h 45 à la Salle J.A. De Sève.

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Pour les fans...
de cinéma expérimental « hangout », traversé par un onirisme surnaturel, avec une facture visuelle crue.
IT FOLLOWS
Ceux qui aime l'angoisse existentielle post-pandémique, désamorcée par un humour mélancolique et décalé.
4.5
Note Horreur Québec