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Avec son 17e long métrage intitulé Violence du corps de l’autre, racontant la quête identitaire d’une jeune femme dont le travail consiste à offrir l’aide médicale à mourir à des malades, le cinéaste Denis Côté confirme qu’il est un créateur singulier et certainement l’un de nos plus prolifiques réalisateurs actuels. Horreur Québec a eu la chance de s’entretenir avec lui sur son dernier film.


Denis Côté : Je sais qu’on va me parler du thème du film et je ne suis pas gêné d’en discuter, mais évidemment, j’espère qu’on remarquera qu’il s’agit de la quête d’une femme qui prend lentement conscience de l’obligation de changer de vie. En ce sens, c’est un film beaucoup plus lumineux que l’on pourrait le penser à la lecture du synopsis. Nous avons beaucoup de personnages divers, de l’humour et des changements de ton. C’est un voyage et non un simple enfoncement dans un trou noir.

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Denis Côté : Je ne suis pas un très bon scénariste, ou en tout cas, ce n’est pas sur cet aspect que je me casse le plus la tête. J’aime écrire, bien sûr, et je dois faire financer mes films, mais je viens d’un cinéma de mise en scène et d’ambiances. En plus, aujourd’hui, j’ai envie d’écrire des choses invraisemblables. Donc, je reste assez formaliste : casser un rythme, effilocher le récit pour le reconstruire plus tard, multiplier les ruptures de ton, proposer une scène plutôt opaque pour ensuite offrir un moment d’émotion. J’aime davantage essayer que de réussir à tout prix. Le danger est d’être trop provocant ou arrogant aux yeux du spectateur. Je veux l’emmener s’amuser avec moi. Je ne veux pas le laisser sur le bord du chemin pour qu’il se dise que Denis est en train de faire son petit numéro.

Denis Côté : Il faut arriver à aimer tous les genres. Ma peur est de trop en imiter un, en suivant des codes très connus. Bien sûr, je viens un peu de l’horreur. À la mise en scène, j’aime beaucoup les largesses ou les paresses du giallo, par exemple (qui ont tous de mauvais scénarios). Mais je ne peux pas et je ne veux pas toujours m’asseoir sur ce genre. Je suis obsédé par les moments de lumière aussi. Elle doit entrer dans le récit et celui-ci doit respirer. C’est un jeu d’équilibre.

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Denis Côté : J’avais très peur des dialogues quand j’ai commencé. C’est intimidant et on nous disait que de toute façon, des dialogues, c’est télévisuel et toujours trop explicatif. Donc j’étirais les silences. C’est un réflexe auteuriste de jeunesse, très « années 2000 ». Mais ce n’est pas vrai. Le beau défi est de dire beaucoup avec peu et de faire confiance à l’image. Ou parfois, les dialogues deviennent un personnage. Dans la partie centrale du film, ça parle beaucoup, peut-être un peu pour rien, mais j’ai l’impression que ça crée un grand feeling aliénant dans la tête de Mira, le personnage principal. J’aime beaucoup faire ça, même si ce ne sera pas au goût de tout le monde.

Denis Côté : Ce sont des moments de dilatation du temps et du récit. Je veux faire entrer de l’air et je veux décoincer cette éternelle idée de devoir absolument raconter une histoire. Je viens de la vie et du documentaire. Les énergies circulent. Parfois, je sais que des spectateurs vont se demander ce qu’une scène fait là. Ce sont des suspensions, des pauses aériennes, des mises à distance. C’est précieux et ça a un sens pour moi. Je souhaite qu’on sorte de mes films en se disant : « Je ne sais pas ce que je viens de voir, je ne sais pas ce que je dois en penser ». Pour moi, c’est positif.

Denis Côté : Pas du tout. Je ne cache pas de choses ou de messages codés dans mes films. Je trouve quelque chose et c’est tout. Parfois, l’inconscient travaille à ma place. Je suis encore sous le choc d’avoir trouvé le nom de famille Sauvageau à l’époque pour mon film Curling. C’était l’histoire d’un mec très secret et plutôt sauvage qui surprotégeait sa fille de 12 ans. Un an après la sortie du film, quelqu’un m’avait dit que le nom du bonhomme n’était pas très subtil. Je n’avais jamais pensé à ça. L’inconscient s’infiltre sans demander la permission.

Horreur Québec invite ses lecteurs à découvrir Violence du corps de l’autre le 23 octobre prochain, et nous sommes déjà anxieux de découvrir les prochains projets de Denis Côté.

Violence du corps de l'autre de Denis Côté | Bande-annonce officielle