S’il y a bien une tendance qui refuse de mourir dans le cinéma d’épouvante moderne, c’est le retour en force de l’horreur religieuse et des traumatismes liés à la foi. Mais oubliez les éternels rituels d’exorcisme vus et revus : le très attendu Leviticus, écrit et réalisé par Adrian Chiarella, pose un regard neuf sur les traumatismes de la foi en proposant une œuvre à la fois sombre, organique et dérangeante.
Titré en référence directe au troisième livre de la Bible hébraïque, connu pour ses lois strictes, ses rituels de purification par le sang et ses interdits moraux inflexibles, le film s’affiche comme l’un des chocs psychologiques les plus étouffants de l’année, croisant le fer entre le drame intime et l’épouvante conceptuelle.
Le sang, la loi et le sacré
Là où des œuvres récentes jouaient la carte du gothique stylisé, Leviticus fait le choix de la rigueur et de l’oppression.
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L’intrigue s'articule autour des dérives de la ferveur humaine lorsqu'elle est poussée à son point de rupture. Situé dans une communauté rurale et profondément religieuse d'Australie, le film suit Naim (Joe Bird, d'une naïveté désarmante), le nouveau venu dans la région qui navigue tant bien que mal dans sa dynamique étouffante avec sa mère (l'excellente Mia Wasikowska). Lorsque Naim et un autre adolescent, Ryan (Stacy Clausen), découvrent une attraction mutuelle, leur premier rapprochement physique déclenche une suite d'événements funestes.
Le titre lui-même agit comme un avertissement pour le spectateur. Le Lévitique est le livre des châtiments, des abominations et des lignes rouges à ne pas franchir. Trahi par la jalousie et le poids de la communauté, le secret des deux garçons est exposé au pasteur et aux parents. Ces derniers décident alors de mener une séance de délivrance agressive, s’apparentant aux pires thérapies de conversion, pour expulser les « désirs impurs » des adolescents.
C’est lors de ce rituel traumatique qu’un silence de mort convoque quelque chose de profondément sinistre.
Une mécanique de traque à la It Follows
C’est précisément dans la nature de sa menace que Leviticus dévoile sa proposition la plus moderne et terrifiante, bifurquant de l’horreur théologique classique pour épouser l’ADN indéniable de It Follows. La thérapie de conversion donne naissance à un démon métamorphe qui s’insinue sous les traits de la personne que la victime désire le plus. Dès lors, le film bascule dans un pur exercice de tension géométrique et paranoïaque : l’entité ne frappe que lorsque ses proies sont complètement isolées.
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À l’instar du coup de maître de David Robert Mitchell, les deux protagonistes se découvrent condamnés à une double peine : fuir perpétuellement ou maintenir une proximité physique absolue pour espérer survivre.
Le long-métrage exploite avec acuité l’agoraphobie et le sentiment d’isolement total. Rapidement, le spectateur se trouve contaminé par cette détresse psychologique, scrutant frénétiquement la moindre anomalie en arrière-plan. Une séquence ingénieuse dans une cabine photographique, où Ryan croit poser aux côtés de Naim, pour réaliser une fois les clichés développés qu’il était désespérément seul, cristallise cette terreur pure, dictée par la perte de repères visuels.
Une esthétique de l’austérité et du malaise
Visuellement, les premiers aperçus de Leviticus coupent le souffle par leur direction artistique clinique et dépouillée. Chiarella délaisse les jump scares faciles pour privilégier des plans larges d’une symétrie presque religieuse. Un filtre blafard et désaturé lave le film de toute sa chaleur qui rappelle le cinéma d’Ari Aster (Midsommar) ou de Robert Eggers (The Witch). La mise en scène mise sur de longs mouvements de caméra pour installer une tension permanente. Qu’on soit dans une ancienne usine dépouillée ou dans une banlieue anonyme, les décors transpirent la culpabilité et transforment les grands espaces en un piège étouffant.
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Le design sonore, lourd et minimaliste, promet de jouer un rôle majeur dans l’expérience de visionnement. En mélangeant des sonorités électroniques obsédantes (qui rappelle les compositions au synthétiseur de It Follows), à des bruits organiques crus, il amplifie chaque craquement, chaque murmure et chaque goutte de sang versée comme s’il s’agissait d’un verdict divin.
Malgré quelques raccourcis scénaristiques dans son dernier tiers, où le scénario explique un peu trop ses propres métaphores en répétant que l’entité « veut que l’on ait peur les uns des autres », le long-métrage demeure une œuvre exigeante. Un véritable thriller d’horreur psychologique qui refuse de prendre son public par la main et qui préfère le confronter à ses propres tabous. En matérialisant les ravages de l’homophobie intériorisée et de la culpabilité par le biais d’un monstre implacable, Leviticus s’impose comme une proposition radicale, hautement stylisée et viscérale, portée par une chimie d’acteurs qui fait vibrer le cœur autant qu’elle glace le sang.
Prenez note que le film sera présenté au Québec exclusivement en version originale anglaise.
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