Comment détruire un mythe que l’on a soi-même contribué à bâtir? Existe-t-il une guerre juste? Qu’est-ce que la morale lorsque la violence devient un mode de vie? La loi du talion est-elle une vertu ou un vice? La vengeance est-elle condamnée à se nourrir d’elle-même?
Autant de questions qui traversent la dernière œuvre de Michael Sarnoski. Elles hantent la trame narrative de ce Robin des Bois vieillissant, devenu un homme cynique et épuisé, rêvant d’une mort qu’il espère encore digne. Pourtant, si le film pose ces interrogations avec une certaine ambition, il peine malheureusement à leur apporter une véritable profondeur.
Aux prises avec son passé après une vie de crimes et de meurtres, Robin des Bois se retrouve gravement blessé à l’issue d’une bataille qu’il croyait être la dernière. Recueilli par une femme mystérieuse, il se voit offrir une ultime chance de salut.
Un mal pour un bien
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Au cœur des plaines britanniques, Robin des Bois traîne sa carcasse d’un lieu à l’autre, au rythme des saisons qui n’ont cessé d’alourdir le poids de ses remords. Sous les traits d’un Hugh Jackman toujours aussi convaincant, le célèbre hors-la-loi est enveloppé d’une aura quasi philosophique qui invite le spectateur à explorer les zones grises de la morale. Est-il réellement un homme bon? Un héros populaire? Ou simplement un assassin dont l’Histoire a enjolivé les actes?
Le premier tiers du film laisse entrevoir des dilemmes moraux prometteurs et des choix déterminants qui semblent devoir façonner le destin de son protagoniste. L’atmosphère est particulièrement réussie : vaporeuse, froide et pesante. L’air paraît aussi dense que les silences qui entourent Robin et son fidèle compagnon Petit Jean, interprété par Bill Skarsgård. Ce dernier livre une prestation solide, bien que l’on puisse regretter qu’Hollywood continue de l’enfermer dans des rôles de personnages peu recommandables.
La photographie de Pat Scola constitue sans doute l’une des grandes réussites du film. Chaque plan semble composé comme un tableau, avec une attention particulière portée à la lumière, aux textures et aux paysages. L’ensemble évoque parfois une œuvre picturale sortie tout droit d’un atelier de maître. Il en résulte une proposition visuelle amère et mélancolique qui intrigue davantage qu’elle ne séduit immédiatement.
La haine attire-t-elle fatalement la haine?
C’est précisément cette spirale de violence que le film semble vouloir explorer puis déconstruire. Qu’est-ce que la haine? Pourquoi le désir de vengeance exerce-t-il une telle fascination sur l’être humain? Pourquoi le pardon paraît-il si difficile à accorder, et parfois plus difficile encore à accepter? Comment vivre avec sa culpabilité? Comment trouver la paix après avoir consacré sa vie à la guerre?
Malheureusement, à mesure que le récit progresse, ces interrogations se heurtent aux limites du scénario. Très rapidement, le film délaisse son approche réflexive pour se transformer en drame humain beaucoup plus conventionnel. L’histoire suit alors Robin dans son exil insulaire et accorde une place grandissante au destin de sœur Brigid et de la jeune Margaret. Ces personnages apportent une dimension émotionnelle au récit, mais leur développement finit par étouffer les enjeux philosophiques qui semblaient pourtant constituer le cœur du projet.
![[critique]« The Death of Robin Hood » : critique qui cherche la rédemption 2 DORH Hugh Jackman Still 1 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/06/DORH_Hugh-Jackman_Still-1-1.jpg)
Le film paraît vouloir s’inscrire dans la lignée des grandes tragédies shakespeariennes, notamment Hamlet, en mettant en scène un homme hanté par ses fautes et incapable d’échapper à son passé. Cependant, il lui manque la densité dramatique, la tension et la richesse thématique nécessaires pour atteindre une telle ambition.
« Enlever la vie c’est comme cueillir une fleur »
Robin des bois
Le principal problème réside dans la manière dont le scénario répond aux questions qu’il souève. Les dilemmes moraux présentés au départ trouvent souvent des résolutions convenues, voire simplistes. Certaines métaphores et analogies, plutôt que d’enrichir la réflexion, finissent par en diluer la pertinence. Là où l’on attendait une véritable exploration de la culpabilité et du pardon, le film préfère emprunter des raccourcis émotionnels.
![[critique]« The Death of Robin Hood » : critique qui cherche la rédemption 3 DORH Hugh Jackman Bill Skarsgard Still 1 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/06/DORH_Hugh-Jackman_Bill-Skarsgard_Still-1-1.jpg)
Cette faiblesse se ressent particulièrement dans la relation que l’œuvre tente d’établir entre Robin et le spectateur. Le récit cherche constamment à susciter de l’empathie, voire de la tendresse, pour ce personnage marqué par la violence. Pourtant, cette réhabilitation apparaît souvent forcée. Le film insiste lourdement sur son humanité sans toujours lui offrir les nuances nécessaires pour rendre cette évolution pleinement crédible.
Le dernier tiers concentre ainsi plusieurs scènes conçues pour provoquer l’émotion. Les violons prennent le relais, les regards s’éternisent et les adieux se multiplient. Mais ces moments, censés arracher quelques larmes, peinent à atteindre leur objectif. La faute à une écriture parfois maladroite qui vide ces séquences de leur substance et les rend artificielles.
Une ambition qui dépasse sa portée
The Death of Robin Hood (La Mort de Robin des Bois) se présente comme un essai philosophique déguisé en récit médiéval. L’intention est louable. Encore faut-il disposer de la matière nécessaire pour faire vivre les dilemmes que l’on souhaite explorer.
![[critique]« The Death of Robin Hood » : critique qui cherche la rédemption 4 DORH Jodie Comer Still 1 1](https://horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/06/DORH_Jodie-Comer_Still-1-1.jpg)
Certes, la brutalité du film lui confère une dimension crue qui contraste efficacement avec le caractère introspectif de son protagoniste. Les scènes de violence rappellent constamment le passé sanglant de Robin et les conséquences de ses choix. Mais lorsque le film s’accorde des moments de contemplation, ceux-ci basculent souvent dans un vide narratif que Michael Sarnoski peine à habiter. Le silence devient alors absence de propos plutôt qu’espace de réflexion.
La direction d’acteurs demeure néanmoins l’une des forces du long-métrage. Hugh Jackman, Bill Skarsgård et le reste de la distribution livrent des performances sincères et engagées. C’est précisément ce qui rend le résultat final plus frustrant encore. Avec de tels interprètes à sa disposition, on aurait aimé des dialogues plus riches, des confrontations plus incisives et une écriture capable de porter pleinement les ambitions du projet.
Au final, The Death of Robin Hood (La Mort de Robin des Bois) est un film fascinant par ce qu’il promet davantage que par ce qu’il accomplit. De beaux éclats visuels, mais un cœur thématique qui bat un peu trop à vide.
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