Premier long métrage d’Ian Faria, Big Break est une comédie horrifique artisanale qui suinte la bonne volonté et la sincérité. Malheureusement, mon encéphalogramme cinéphilique est resté désespérément plat pendant une grande partie de la projection.

Qu’est-ce que Big Break raconte?

Des années après la séparation de Simple Town, trois humoristes retrouvent leur ancien collaborateur, devenu une véritable machine à succès. Mais ces retrouvailles prennent rapidement des allures de lutte pour la survie (et pour la carrière) lorsque de sombres secrets refont surface.

Le Club des cinq… mais sans la cohésion

Difficile de nier que le point de départ a quelque chose de familier : un groupe d’anciens amis, des rancœurs enfouies, une réunion qui dérape et des révélations qui viennent bouleverser l’équilibre déjà fragile du collectif. C’est un trope usé jusqu’à la corde, certes, mais qui a aussi donné naissance à quelques classiques de l’horreur contemporaine.

Avec un tel postulat, la réussite repose principalement sur deux éléments : la dynamique du groupe, donc l’alchimie entre les interprètes, et la manière dont le film construit le monde dans lequel ces personnages évoluent. Or, à mon grand regret, Big Break échoue sur ces deux fronts.

Le montage, très découpé, et la succession dense de dialogues et de scènes donnent au film une énergie artificielle. Tout semble constamment en mouvement, mais cette agitation masque difficilement des personnages qui manquent de profondeur et d’enjeux véritablement incarnés. La mise en scène cherche parfois une complexité qui ne lui profite pas. Une approche plus simple, plus posée, aurait permis d’installer les tensions, de mieux comprendre les rapports entre les personnages et, surtout, de faire émerger ce que le réalisateur semble vouloir raconter.

722755266 1570645657763032 2350323937023282285 n

Rire du pire, ou le pire du rire

Mêler comédie et horreur dans un premier long métrage est une mission casse-gueule. Le fil conducteur entre ces deux registres devrait être simple : le plaisir. Le plaisir de rire devant l’absurde, le plaisir de frissonner devant l’horreur, puis celui de naviguer entre les deux sans que l’un annule l’autre.

Mais Big Break ne trouve jamais vraiment cet équilibre. Les scènes comiques sont souvent filmées de façon si maladroite qu’elles perdent leur impact. Elles ne fonctionnent ni comme de véritables moments de relâchement ni comme un sas de décompression face à une horreur qui, par instants, pourrait pourtant se montrer étouffante.

BB STILL 2

Du côté horrifique, le problème n’est pas tant le manque de moyens que leur utilisation. Le film affiche parfois une esthétique « cheap », mais pas ce cheap réjouissant, inventif et assumé des séries B artisanales. C’est plutôt un cheap qui donne l’impression de subir ses propres limites, au lieu de les transformer en signature.

Des twists sans surprise

Peut-être que je suis passé à côté de quelque chose. Peut-être que le film vise une ironie, un décalage ou une absurdité qui m’a échappé. J’ai essayé de chercher une lecture plus généreuse, de comprendre ce que Big Break cherchait à faire derrière ses ruptures de ton et ses nombreux retournements de situation. Mais rien n’a vraiment pris.

Les twists font davantage lever les yeux au ciel qu’ils ne surprennent. À mesure que le récit approche de son dénouement, le jeu des acteurs et actrices paraît également perdre en solidité, comme si le film lui-même ne savait plus comment tenir debout.

Et pourtant, dans sa conclusion, Big Break laisse entrevoir quelques pistes intéressantes : un certain cynisme face au milieu artistique, la cruauté humaine, la jalousie, ou encore cette idée de vendre son humanité au profit de la célébrité. Il y avait là les fragments d’une petite série B grinçante, peut-être même d’une satire plus acide sur la réussite et les relations toxiques. Mais ces idées arrivent trop tard et restent trop peu développées pour sauver l’ensemble.

Un film qui brûle ses propres ingrédients

On dit que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Cyniquement, j’ai surtout l’impression qu’Ian Faria n’a pas trouvé le bon pot et qu’il a brûlé la confiture en essayant de la faire prendre.

Toute la bonne volonté du monde est louable. La sincérité du projet, tout comme l’investissement de son équipe, mérite d’être soulignée. Mais la bonne volonté ne suffit pas à faire un bon film, pas plus qu’elle ne suffit à faire une bonne confiture. Big Break avait les ingrédients d’une comédie horrifique corrosive sur l’amitié, la célébrité et les rancœurs enfouies. Il ne parvient malheureusement jamais à les mélanger dans les bonnes proportions.

Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
Les huis clos mortels entre (faux) amis
Les séries B artisanales
1.9
Note Horreur Québec